[en-tête : HTML, Une raison d'être]


Vous savez sans doute déjà que la construction d'un document ou d'une page Web n'exige plus une connaissance approfondie du langage HTML (HyperText Markup Language). D'une part, les concepteurs de navigateurs comme Netscape et Internet Explorer ont intégré un éditeur HTML aux dernières versions de leurs produits. D'autre part, des compagnies comme FileMaker (Claris Home Page), GoLive (CyberStudio), Visicom (WebExpert), Microsoft (FrontPage) et BareBones (BBEdit) ont récemment mis sur le marché des logiciels qui offrent la possibilité de convertir, rapidement et avec une aisance déconcertante, un document en format HTML.

Dans ce contexte, il n'est pas surprenant de constater que les internautes se tournent de plus en plus vers les éditeurs HTML pour réaliser leurs pages Web. Et ils ont raison de le faire!

Malheureusement, ce réflexe s'accompagne trop souvent d'un abandon, par l'internaute lui-même, des standards HTML qui ont été établis au cours des cinq dernières années par le World Wide Web Consortium (le patron du langage, si on voulait simplifier). Qui n'a jamais entendu le classique : « Le HTML, on n'a plus besoin d'apprendre ça. Tout est intégré » ?

Au risque d'être qualifié de « puriste rétrograde », voici quelques considérations qui, je l'espère, vous feront réfléchir quant aux sentiers à emprunter pour produire sur le Web.


Les noms ont été changés pour préserver
l'identité des innocents

Au départ, il faut parler d'argent. Si vous décidez de produire un site Web à l'aide d'un des éditeurs HTML recommandés dans votre revue d'informatique préférée, sachez qu'il vous en coûtera, en moyenne, plus de 200 $ (US) pour vous procurer ce « petit bijou ». Bien entendu, toute compagnie qui se respecte vous proposera d'acheter, et ce, à l'intérieur de la première année d'acquisition du produit, la mise à jour la plus récente de son logiciel; « à un prix spécial », il va sans dire. Pour éviter d'avoir à débourser « le gros prix » pour une mise à niveau complète, vous acceptez l'offre de la compagnie. Résultat : vous avez investi plus de 300 dollars pour devenir un concepteur de page Web en bonne et due forme. En comparaison, le catalogue imprimé (à la maison) de la dernière version du langage HTML (4.0) vous coûtera le prix du papier et de l'encre.

Une fois devenu le nouveau propriétaire d'un éditeur HTML, vous devez apprendre à tirer le meilleur parti de votre logiciel. Selon la qualité du tutoriel (manuel ou électronique) fourni avec votre logiciel, vous devriez être en mesure de produire une page Web qui se respecte en moins d'une demie journée. Félicitations!!!

Mais qu'advient-il si votre nouveau logiciel ne vous explique pas assez clairement comment produire des cadres (l'élément qui avait joué en sa faveur au moment de l'achat) ? Votre réflexe sera sans doute de vous tourner vers un collègue qui saura vous expliquer (dans votre langue, de surcroît) les subtilités du logiciel. Si votre guru accepte (tout en gardant le sourire) que vous le sollicitiez à chacun de vos blocages, vous ne devriez pas avoir trop de difficultés à devenir un producteur chevronné. Dans le cas contraire…

Après quelques mois d'utilisation, votre expérience commence à avoir des effets pervers sur la relation que vous entretenez avec votre logiciel. Insatisfait de sa performance en ce qui a trait à la conversion des caractères accentués, vous lorgnez de plus en plus vers d'autres produits. Heureusement pour votre porte-feuille, vous recevez par la poste un avis de mise à jour qui permettra au logiciel que vous possédez de redevenir votre « petit bijou ».

La nouvelle version de votre logiciel est par contre très gourmande en espace mémoire. Malgré le fait que votre disque dur a presque atteint son point de saturation, vous croyez qu'il est encore possible de temporiser devant vos options d'achat (mémoire, disque dur ou lecteur Zip / Jaz / Syquest). La situation est toutefois fort différente pour la mémoire vive (RAM) de votre ordinateur. Dans ce dernier cas, vous décidez d'y mettre le paquet : de huit mégaoctets, votre ordinateur disposera maintenant de quarante mégaoctets de mémoire vive. Une facture d'environ 200 dollars. Vous vous consolez encore une fois en vous disant qu'il s'agit d'un prix minime à payer pour soigner vos problèmes récents d'insomnie.

Vous constatez ensuite que votre ordinateur est de plus en plus instable depuis l'achat de la dernière version du logiciel. Le technicien que vous consultez vous apprend qu'il serait sans doute préférable d'acheter une version plus récente de votre système d'opération et de modifier la carte graphique de votre appareil. À ce moment, vous n'entendez seulement que le ronronnement mélodieux de la caisse enregistreuse : « Kaching!!! Kaching!!! ».

Tout est finalement en place et votre ordinateur n'a jamais été aussi performant. Vous produisez à un rythme industriel et il n'y a rien qui semble pouvoir perturber cette cadence; jusqu'au moment où un collègue, qui préfère (ou qui a été forcé de préférer) Internet Explorer pour aller à la découverte du Web, vous indique que votre page d'accueil ne s'affiche pas correctement sur son navigateur. Vous décidez d'enquêter afin de vérifier le niveau de compatibilité de vos documents. L'expérience s'avère décevante. Plusieurs éléments de vos mises en page ne « fonctionnent » pas sous Internet Explorer : la couleur sur la bordure d'un cadre, la hauteur de vos tableaux, etc.

Vous avez maintenant pris l'habitude de vérifier le contenu de vos pages Web (parce que votre éditeur HTML ne le permet pas) en ouvrant les fichiers dans Netscape et Internet Explorer. À chaque occasion, vous vous étonnez des différences (« insignifiantes » dirait un novice) entre les deux navigateurs dans leur capacité à interpréter les codes HTML. Vous vous armez donc de patience pour le travail de reconstruction. Après tout, vous avez investi trop de temps et d'énergie pour reculer devant ce défi.

Eurêka!!! Votre ménage du printemps est terminé. Affaibli, mais assagi, vous apprenez que les membres du WWW Consortium procéderont bientôt au lancement officiel de la dernière version du langage HTML (4.0). Vous vous rendez directement à leur site et consultez certains articles de la nouvelle version. CATASTROPHE !!! Le consortium, de pair avec le secteur privé, prévoit la disparition des « tableaux » comme outils de mise en page. On cherchera plutôt, dans un avenir rapproché, à encourager l'utilisation des CSS (Cascading Style Sheets).

L'idée de devoir dire adieu à vos belles pages Web, toutes basées sur l'exploitation des « tableaux », vous rend colérique. Juste assez, du moins, pour vous rapprocher du langage HTML et nuancer votre position à l'égard des éditeurs HTML (intégrés ou non). Vous avez maintenant la certitude que LA solution ne passe pas par UN logiciel, mais par un mélange de ressources (disponibles gratuitement pour la plupart). C'est, selon vous, la seule façon de retrouver votre liberté comme concepteur de pages Web et de vous défaire de l'emprise des apôtres de la consommation.

Pour vous amener à réfléchir encore davantage avant la création de votre première page Web, allez faire un tour sur le site Web Pages that Suck. Vous y ferez des découvertes qui vous empêcheront, je l'espère, de commettre des erreurs de débutants.



Responsable du site : Nelson Ouellet
Courrier électronique : nelson.ouellet@umoncton.ca