MÉTHODES ET APPAREILLAGE
Fabrication des gradients
Les variations de densités sont obtenues en
faisant varier la concentration d'un produit chimique dans
la solution. Divers produits peuvent être
utilisés pour faire ces gradients. Ils doivent
être très solubles en solution aqueuse, ce qui
permet d'obtenir des densités suffisantes. On
recherche aussi des produits qui sont relativement inertes,
peu coûteux, faciles à manipuler, non toxiques,
etc. Évidemment aucun produit ne réunit toutes
ces qualités et on doit choisir en tenant compte des
contraintes expérimentales
Le saccharose ("sucrose") est très souvent
employé. Il permet d'atteindre des densités
assez élevées, de l'ordre de 1.3 g/mL avec du
saccharose 2.5 M. Ce produit a l'avantage d'être peu
coûteux, électriquement neutre et plutôt
inerte pour la plupart des fractions cellulaires. Son
principal défaut est sa viscosité à
forte concentration, ce qui rend son utilisation plus
difficile. Il est aussi à déconseiller si la
pression osmotique est un facteur important, par exemple
dans l'isolement de cellules entières.
Un autre produit couramment utilisé,
particulièrement dans la séparation des acides
nucléiques, est le chlorure de césium
(CsCl). Ce sel peut atteindre une densité très
élevée, de l'ordre de 1.9 g/mL à 7.5
mol/L. Cette possibilité d'atteindre des
densités si élevées en solution aqueuse
est son principal avantage. Son coût et le fait qu'il
s'agisse d'un sel, donc de molécules chargées,
réduisent son champ d'application. D'autres sels de
césium peuvent aussi être employés comme
le CsSO4.
D'autres produits peuvent aussi être
utilisés pour séparer des cellules ou des
organites par gradient de densité. Cependant, ils
sont souvent restreints à des applications
particulières. Leur coût peut aussi être
prohibitif.
Le Metrizamide, de la compagnie Nyegard, est
un dérivé iodobenzamido du glucose. Il est
très soluble et non chargé. Il permet
d'atteindre des densités assez fortes de l'ordre de
1.46 et, principal avantage sur le saccharose, il est
relativement peu visqueux. Cependant, son coût, sa
forte absorption dans l'UV, son instabilité (pH
supérieur à 8, lumière.
températures supérieures à 55°C)
limitent son emploi.
Le Ficoll, un produit de la compagnie
Pharmacia, est un polymère de glucose
l'épichlorohydrine, comme le Sephadex de la
même compagnie. Son principal avantage est qu'il peut
produire des densités élevées sans
générer de fortes pressions osmotiques. Il est
cependant restreint à certains usages précis,
surtout la séparation de cellules entières,
à cause de son coût, de sa grande
viscosité et des densités limitées
qu'il permet d'atteindre.
Notons enfin le Percoll, un autre produit de
Pharmacia. Il s'agit ici de particules de gel de silice
recouvertes de polyvinylpyrolidone. Il permet de produire
des densités de l'ordre de 1.3 g/mL tout en
maintenant de faibles pressions osmotiques et de faibles
viscosités, en plus de pouvoir être
stérilisé à répétition.
Ces qualités en font le produit de choix pour du
travail d'isolement des cellules entières. Son
coût, les faibles densités qu'il permet
d'atteindre limitent son emploi à ce genre
d'applications.
Gradients continus et discontinus
On peut faire des gradients discontinus en juxtaposant un
par-dessus l'autre des solutions ayant des
différences suffisantes de densités. On
obtient ainsi des gradients discontinus. On peut facilement
fabriquer des gradients discontinus en déposant une
sur l'autre deux ou trois couches de solutions de diverses
densités.
On peut aussi obtenir des gradients continus où la
variation de densité est graduelle le long du tube
à centrifuger. Cette variation graduelle peut
linéaire, exponentielle (concave), logarihtmique
(convexe), etc.
Séparation isopycnique en gradient continu
Dans ce type de méthode, les molécules
soumises à la centrifugation sur le gradient se
sépareront selon leur densité, non pas leur
masse. La préparation à analyser est
déposée sur le sommet du gradient, puis on
centrifuge à équilibre. Chaque type de
particule sédimentera jusqu'à ce qu'elle
atteigne la concentration correspondant à sa
densité. Elle s'immobilisera alors à ce
niveau. Il est même possible de faire des gradients
générés durant la centrifugation
elle-même, sous l'influence directe du champ
gravitationnel.
Certains auteurs semblent restreindre le terme
"isopycnique" uniquement aux gradients
auto-générés. Cependant ce terme
s'applique à tous les cas où on centrifuge
à équilibre dans un gradient continu.
Séparation zonale en gradient continu
La centrifugation peut aussi être utilisée
pour des fins analytiques, pour séparer des
particules ou des molécules, selon leur taille. Dans
ce type d'applications, comme les particules sont
homogènes, elles ont toutes la même
densité, elles ne diffèrent que par leur
taille. Le gradient sert donc à faire en sorte que
les particules lourdes sédimentent plus vite que les
plus légères, tout en n'atteignant jamais le
fond du tube à centrifuger. On ne centrifuge donc pas
à équilibre. Le gradient, dont la
concentration maximale est moins dense que les particules,
ne sert qu'à ralentir la sédimentation. On
arrête donc la sédimentation quand les plus
lourdes sont rendues vers le bas du tube à
centrifuger et que le niveau désiré de
séparation est obtenu. Pour optimiser la
séparation, on peut utiliser diverses formes de
gradient (linéaire, convexe, concave).
Rotors
Il existe deux types de rotors utilisables pour les
gradients continus ou discontinus: à godets mobiles
ou verticaux. Les rotors à angle fixe ne sont pas
normalement pas utilisables pour ce type d'application.
Les rotors à godets mobiles se
réorientent lors de la centrifugation. En effet, les
godets sont disposés sur des crochets ou un
système à bascule. Quand la rotation du rotor
débute les godets (et les tubes qu'ils contiennent),
sous l'effet de la force centrifuge, se réorientent
et passent en position horizontale. Les particules peuvent
donc sédimenter directement dans le fond du tube sans
jamais heurter les parois du tube. Le principal
inconvénient de ce type de rotor est qu'il ne peut
pas atteindre des vitesses très
élevées. En effet, les godets en position
horizontale allongent énormément le rayon du
rotor, ce qui rend plus difficile de lui imprimer des
vitesses de rotations élevées. Ce genre de
rotor est utilisé principalement dans les
centrifugations en gradients discontinus ou continus.
Dans les rotors verticaux, ce sont les gradients
eux-mêmes qui se réorientent, les tubes eux
demeurent toujours verticaux. Tout comme les rotors à
angle fixe, les rotors verticaux sont des blocs de
métal résistant (aluminium, titane) dont les
puits destinés à contenir les tubes sont tout
à fait verticaux. Lors de
l'accélération le gradient contenu dans le
tube se réarrange et prend une orientation
horizontale, perpendiculaire à l'axe de rotation. Les
particules passeront donc à travers ce gradient.
Lorsque la centrifugation cesse, le gradient se
réarrange encore, repasse en position verticale dans
l'axe du tube, parallèle à l'axe. Le grand
avantage de ce type de rotor est que sa forme compacte
permet de le faire tourner à des vitesses beaucoup
plus grandes que des rotors à godets mobiles. Cela
réduit énormément la durée de la
centrifugation ou permet d'exécuter des protocoles de
centrifugation difficilement réalisables
autrement.
Migration en gradient dans différents types de
rotor
Migration des particules de différentes
densités dans des gradients continus selon le type de
rotor. A) Disposition avant la centrifugation. B)
Disposition au tout début de la centrifugation. C)
Disposition dans les dernières minutes de la
centrifugation. D) Disposition après l'arrêt de
la centrifugation. Remarquez que la position finale des
particules et l'orientation des gradients sont identiques
à la fin de la centrifugation, indépendamment
du type de rotor.
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