4.3.5 Étude de cas : Pourquoi les collectivités locales françaises s'intéressent elles de plus en plus à la planification et la gestion de leur espace maritime ?

2.1 La France, la terre, la mer et l’histoire

Interroger la relation du peuple français à la mer est quelque chose de complexe en ce sens que l’essentiel de la mer « française » est outre-mer et que cela pose donc la question des liens entre les Français et leur histoire dans sa dimension « période de découvertes » et « coloniales ». Cela nous oblige aussi à prendre nos distances avec les discours sur la « mauvaise exploitation » des « formidables ouvertures maritimes » de la France métropolitaine (un territoire ouvert sur trois mers). Cela nécessite enfin de tordre le cou à certaines images que nous véhiculons sur l’état de notre relation à l’océan. Certes la flotte de pêche française est « déclassée » mais c’est plus parce que de grands pays ont pris place dans le concert des nations que du fait d’une baisse des captures « française ». Surtout, l’industrie et la recherche françaises conservent des positions plus qu’honorables dans de grands secteurs comme la prospection pétrolière en mer, la biologie marine, le tourisme balnéaire ou la filière de la plaisance.

On peut conserver deux grands traits de l’histoire française et de sa relation avec la mer :

  1. La mer « française » du XXIe siècle est une mer tropicale en raison de la projection de la puissance française du XVIIe au XIXe siècles qui a mené les intérêts de la puissance française sur tous les océans du globe. C’est le fait du pouvoir central, de l’État pour la découverte de nouveaux territoires. On ne doit pas en occulter la dimension européenne, par et dans la concurrence que se sont livrés France et Angleterre par exemple. C’est aussi le fait de commerçants aventuriers (les maisons d’armateurs dans les  ports de la façade atlantique en sont un beau rappel), de scientifiques et explorateurs téméraires (on pense aux objets et souvenirs déposés dans de nombreux Muséums d’Histoire Naturelle) ou de navigateurs audacieux.
    Les relations que tissent depuis des décennies la « métropole » avec les territoires d'outre-mer sont rarement placés dans une perspective maritime mais plus souvent dans celle du développement pour essayer de combler un écart entre les différentes compositions de la nation française. Cette situation a été particulièrement visible dans les grandes instances de discussions sur la question maritime. L’essentiel est vu depuis le territoire métropolitain et l’on peine à obtenir une bonne représentation des territoires ultra-marins dans les différentes commissions.
  2. Dans les limites de l’« hexagone », les mers sont multiples et cette diversité est sans doute l’une des explications de la relative faiblesse de la « vocation » maritime de la France comparée à certains de ces voisins, Angleterre ou Pays-Bas par exemple. Sur l’isthme européen, la France possède une situation privilégiée avec deux grandes ouvertures sur la Méditerranée d’une part, vers le sud (Afrique) et vers l’Afrique l’est (Proche Orient) et sur l’Atlantique d’autre part en direction de l’Afrique et des Amériques. La constitution de la France s’est faite depuis un cœur continental vers des bordures littorales qui ont fait office de frontières et de limites. La France se termine sur la mer ; elle est au bord, en bout de terre plus qu’elle ne se sert de ces façades comme une possible projection. Les Pays-Bas n’ont qu’une seule façade maritime qui concentre les activités et la population. En Angleterre, Londres et la Tamise ont une position plus littorale que Paris et la France. La littoralisation du peuplement français est récente, quasi contemporaine et n’efface ni l’axe Paris, Lyon, Marseille ni les concentrations de population dans les vallées fluviales (plus que dans les seules estuaires). L’abondance de biens, ici trois façades maritimes, a peut être nuit. Aucune d’elle n’a vraiment le pris le pas sur les deux autres. On assiste à une sorte de répartition des mises en valeur. En caricaturant, on pourrait discerner :
    • le littoral de la Manche. C’est celui qui est connecté à l’Europe marchande. Il est marqué par l’intensité du trafic maritime (Pas de Calais) et par la pêche (Boulogne sur Mer) ;
    • le littoral méditerranéen. C’est le littoral de la lumière et de la douceur (climat méditerranéen). Il est en grande partie dévolu au tourisme (Côte d'Azur) et à la plaisance ;
    • le littoral atlantique. Il présente de Brest (Bretagne) à Biarritz (Pays Basque) une grande variété de systèmes locaux, mettant en valeur certaines spécificités régionales (pêche, tourisme, primeurs, cultures marines).