4.3.5 Étude de cas : Pourquoi les collectivités locales françaises s'intéressent elles de plus en plus à la planification et la gestion de leur espace maritime ?

1.2 La difficile mise en place de la trame verte et bleue (suite)

On peut revenir sur les différentes étapes et les principales conclusions de la Mission de création pour comprendre les blocages et l’impasse. Le maître mot de la méthode de travail a été la concertation. Dans une période de temps d’à peine 24 mois, la Mission du Parc a organisé pas moins de 400 rencontres en essayant de balayer le plus large panorama des acteurs et des personnes intéressées. Le grand public ne s’est jamais réellement emparé de la question même si l’objectif de la création était connu par une très grande majorité de la population littorale. Il était difficile de ne pas être au courant en raison de l’implication des acteurs et de leur irrigation dans les territoires. 

La mission du Parc s’est appuyée sur les méthodes mises en place pour le PNM en mer d’Iroise et qui ont été reprises sur tout le littoral. Aux rencontres d’information ont succédé des ateliers thématiques dont les participants se sont réunis régulièrement. Des bureaux d’études et des laboratoires de recherche publics ont été mis à contribution pour fournir des états de l’art ou apporter des données inédites. Le groupe de suivi s’est réuni une trentaine de fois avec un noyau dur d’environ 150 personnes. 

La disparité des milieux et des territoires a sans doute été un handicap à la prompte réalisation du projet. Le possible parc associe des milieux maritimes bien divers entre ce qui se passe dans l’estuaire de la Gironde (et le rôle de Bordeaux en fond d’estuaire, hors périmètre), dans son panache au large et enfin dans la mer de l’archipel des Pertuis, devant La Rochelle. Trois régions administratives (Pays de la Loire ; Poitou-Charentes ; Aquitaine) sont associées et autant de départements (Vendée ; Charente-Maritime ; Gironde) ce qui ne facilite pas toujours le dialogue entre acteurs de cultures différentes. 

Au terme du temps de concertation, six orientations sont proposées. Elles sont relativement consensuelles et proches de celles que l’on retrouve dans les autres projets de parcs naturels marins métropolitains. Ce sont les suivantes :

  1. Améliorer et partager la connaissance scientifique et empirique des milieux marins, des espèces et des usages ;
  2. Promouvoir et développer les activités de pêche professionnelle (côtière et estuarienne), aquacoles et conchylicoles dans le respect des écosystèmes marins ;
  3. Promouvoir et développer les activités maritimes portuaires et industrielles ainsi que les activités de loisirs dans le respect des écosystèmes marins ;
  4. Renforcer le lien « Mer & Terre » par le partenariat des acteurs concernés afin de préserver la qualité et la quantité des eaux ;
  5. Préserver et restaurer les milieux et les fonctionnalités écologiques, dans un équilibre durable entre biodiversité et activités socio-économiques ;
  6. Diffuser, auprès du plus grand nombre, la passion de la mer et impliquer chacun dans la préservation du milieu maritime et littoral. 

Comme l’indique le rapport du président de la commission d’enquête, celle-ci s’est déroulé dans de bonnes conditions : « climat convenable et sans incident particulier ». La période choisie, fin des vacances estivales et période de rentrée, n’a pas incitée une foule considérable à se déplacer. C’est souvent le cas pour la plupart des procédures d’aménagement en France et comme le projet de Parc Naturel Marin n’a pas été un véritable enjeu de société cela n’est pas surprenant. Le rapport du président fait état d’un « déficit du porter à connaissance auprès du public local ». 

Près de 11 129 observations ont été faites par 1474 personnes. Certaines observations similaires ont été faites « mécaniquement » à plusieurs centaines d’exemplaires. Une grande majorité de ces remarques viennent de personnes (909) ayant une position plutôt défavorable au possible parc. C’est aussi une situation classique dans ces adresses au public. 

Au terme de l’étude des documents soumis à l’enquête, des remarques et du contexte, la commission d’enquête conclut favorablement. C’est en fait une sorte de « oui, mais… », tenant compte des observations du public. Les « bémols » tiennent à deux aspects fondamentaux des éléments constitutifs à n’importe quel parc naturel marin :

  • sa délimitation : inclure un plateau situé en haute mer ;
  • la composition du conseil de gestion qui est l’organe de « direction » du parc Naturel Marin.

Au printemps 2013, le projet est au point mort. Les deux éléments le plus souvent évoqués sont les problèmes financiers de l’Agence des Aires Marines Protégées qui n’a pas les moyens de financer les engagements de l’État français et des oppositions politiques, en particulier dans l’estuaire de la Gironde.