4.3.5 Étude de cas : Pourquoi les collectivités locales françaises s'intéressent elles de plus en plus à la planification et la gestion de leur espace maritime ?

Introduction - L’appropriation de l’espace maritime par les communes littorales françaises

La France s’enorgueillit d’avoir l’un des plus vastes domaines maritimes du monde et ceci en grande partie grâce au grand nombre de possessions insulaires, héritage d’un passé qui l’a vit rayonner dans toutes les parties du monde. Les territoires d’outre-mer français sont localisés aussi bien dans l’océan Indien que dans l’océan Pacifique. Le territoire métropolitain se trouve lui à l’extrémité de l’isthme européen et a la particularité de s’ouvrir sur trois façades maritimes différentes : la mer Méditerranée, l’Atlantique et la mer du Nord. La mer n’est donc pas étrangère au peuple français. La littoralisation de la population française est un phénomène qui s’amplifie depuis le milieu du XXe siècle même si les principales agglomérations françaises, à commencer par Paris, sont essentiellement « terriennes », en bordure des principaux fleuves (Seine, Rhône, Rhin, Garonne). 

D’un point de vue administratif et territorial, la particularité française est l’incroyable émiettement de son territoire. La France c’est le pays aux 36 000 communes, 97 départements ou 22 régions. Le littoral ne déroge pas à cette règle et plus de 2000 communes se partagent le littoral « hexagonal ». Chacune d’elle ne couvre que quelques kilomètres carrés et les lois de décentralisation des années 1982-83 leur confèrent de grandes responsabilités en terme d’aménagement du territoire. On a donc d’un coté une myriade de communes de petites tailles bordant les étendues maritimes, et de l’autre un État omniprésent qui gère historiquement le domaine maritime publique, la mer. 

Pour comprendre le regard que porte la société française sur son littoral il est nécessaire de s’interroger sur les relations entre le peuple français et l’océan. Souvent présenté comme un peuple de terrien, les Français entretiennent des relations ambigües avec leur littoral. Se mêlent dans cette mémoire collective aussi bien les exploits des coureurs transatlantiques à la voile (Moitessier, Tabarly ou désormais les coureurs du Vendée Globe), que les vacances au bord de la plage où une certaine connaissance des territoires d’outre-mer que l’on associe aux territoires marins. La vaste concertation du « Grenelle de la Mer » en 2009 a marqué l’apogée de cette volonté de rapprocher les Français de leur immense domaine maritime délaissé par les navires de commerce d’une flotte marchande désormais de taille réduite. 

C’est dans ce triple contexte géographique, administratif et culturel qu’il faut interroger les relations entre les collectivités locales littorales et les étendues marines qui les jouxtent. Les communes françaises littorales sont devenues des laboratoires d’une nouvelle façon de gérer l’espace à une époque où les instruments d’aménagement de l’espace sont entrés dans une nouvelle ère avec la mise en place des Schémas de Cohérence Territoriale (SCOT) qui peuvent désormais comprendre un volet maritime. Ces changements s’opèrent dans un contexte mondial qui lui aussi change avec les engagements de l’Union Européenne pour la mise en place d’une trame bleue dont la traduction française prend la forme des Aires Marines Protégées.

La question qu’il nous faut résoudre dans un premier temps est la suivante : 

 Pourquoi la société contemporaine française est elle aussi distante avec son espace maritime et en particulier frileuse avec la gestion de son espace littoral ? 

Le constat est écrit bleu sur blanc dès le préambule de la stratégie nationale pour la mer et les océans publiée en décembre 2009 dans le Livre Bleu : «Grande nation maritime, la France est aujourd’hui détentrice d’une richesse exceptionnelle qu’elle n’exploite que très partiellement » (Livre Bleu 2009). Ce constat est souligné et replacé dans une perspective historique par le Premier Ministre de l’époque, François Fillon dans le courrier introductif. Il écrit : « Présente sur tous les océans et sous toutes les latitudes, responsable d’immenses espaces de mer placés sous sa juridiction, la France a décidé de retrouver pleinement sa vocation maritime. ». Cette situation peut aussi être illustrée par le constat de l’échec des « volets maritimes » des Schémas de Cohérence Territoriale. Depuis la loi de 2005, les communes littorales ont la possibilité de mettre en place un document présentant la vision de la gestion de l’espace maritime à échéance 20 ou 30 ans comme ils le font pour leur partie terrestre. Moins de 10 regroupements de communes ont entériné ce choix. 

« Exploitation partielle », « Volonté de retrouver sa vocation maritime », « Échec des politiques spécifiques de gestion de l’espace maritime, on se dit que la situation est grave et quelque chose cloche entre les Français et la mer. La réponse de notre point de vue est en partie géographique à partir du moment où l’on met en parallèle des « atouts » géographiques et une supposée « vocation » maritime. Elle est par ailleurs politique puisque les choix d’aménagements sont le fruit de siècles d’histoire qu’il faut les avoir en partie en tête pour comprendre ce qui est souvent présenté comme l’ambiguïté de la France vis-à-vis de son espace maritime.