4.3.5 Étude de cas : Pourquoi les collectivités locales françaises s'intéressent elles de plus en plus à la planification et la gestion de leur espace maritime ?

2.2.3 Pourquoi cela ne marche pas… (suite)

L’intérêt de la région de l’étang de Thau est d’avoir été une zone précurseur : c’est le premier SMVM de France (approuvé en 1995) qui depuis a été transformé en volet maritime de SCOT. Celui-ci a confirmé les deux grandes orientations fondamentales :

  • affirmation prioritaire du bassin de l’Étang de Thau pour la pêche et les cultures marines ;
  • confirmation du rôle du port de Sète-Frontigan (pêche et pétrole). 

La réussite repose sur la concertation entre les acteurs au sein de commission paritaire (élus/professionnels de la mer) et d’une forte implication des services de l’État. 

Une véritable primauté est donnée aux activités halieutiques dans la lagune. Cela se fait au détriment des autres activités (urbanisation, tourisme) qui sont donc conditionnées à cette activité ancienne. Le « volet maritime » est très clair sur ce plan et les prescriptions très précises : ni jet ski, ni ski nautique dans la lagune mais la possibilité de pratiquer la plongée par exemple. L’interrelation entre le milieu laguno-maritime et terrestre s’exprime dans l’attention très forte qui est accordée à la qualité des eaux. Les bassins versants sont sous contrôles pour tenter de préserver la qualité des eaux ruisselant dans la lagune ce qui est évidemment une gageure compte tenu du taux de l’urbanisation et du régime méditerranée des précipitations. 

Sur la côte charentaise, la situation est plus compliquée et l’on bloque sur des questions de personnes et de spécificités territoriales. Dans les années 1970, la mer de l’archipel des Pertuis (la mer qui baigne les 4 îles de Ré, Oléron, Madame et Aix) est l’un des trois sites français (avec la rade de Brest et le bassin d’Arcachon) où sont élaborés les ancêtres des SMVM, les Schémas d’Aptitude et d’Utilisation de la Mer (SAUM). La région a la particularité de mêler des activités diverses puisque le port de La Rochelle abrite aussi bien des activités de pêche (installé désormais à Chef de baie), de commerce, le Port de La Rochelle-La Pallice (devenu Grand Port Maritime en 2008) que de plaisance avec le Port des Minimes dont la création remonte à ces mêmes années 1970 (l’agrandissement en cours porte le nombre d’anneaux à plus de 4500). À ces particularités portuaires s’ajoutent des activités halieutique importantes : les eaux charentaises sont parmi les grandes zones de productions françaises de moules et d’huitres. Depuis 30 ans, tous les nouveaux projets de gestion de l’espace maritime capotent :

  • échec de la mise en pace d’un SMVM, élaboré mais jamais signé ;
  • échec de la mission de la mise en place d’un Parc naturel Marin estuaire de la Gironde et Pertuis Charentais. La mission a été dissoute en décembre 2012 après trois années de travail.
  • difficulté à la mise en place de « volet maritime » de Scot alors que la région concentre le plus grand nombre de projets dont le plus avancé est celui de l’Ile de Ré, haut lieu du tourisme balnéo-insulaire. 

À bien y regarder, la zone n’est pas plus particulière que d’autres zones littorales où l’on a réussi à aller de l’avant dans le domaine de la gestion des espaces maritimes : Thau, mer d’Iroise. Comprendre les blocages oblige à s’interroger sur les acteurs et sur les territoires. Les discussions régionales du « Grenelle de la Mer » ont permis d’observer les tensions entre des groupes sociaux qui sont de petites tailles mais qui s’arcboutent sur des postures, des images et des représentations qui s’ancrent parfois dans des temps résolus. Il en va ainsi du milieu conchylicole ou de certaines branches de l’activité touristique. C’est le plus souvent la façon dont se font les relais avec les élus locaux qui permettent de comprendre les points de crispation et les blocages. Quand les liens sont forts, les compromis sont souvent impossibles à trouver quand il faut résoudre des questions qui tournent aux conflits quand il s’agit de les spatialiser. Le plus bel exemple est celui qui opposent les tenants des filières en mer (pour élever des moules et autres coquillages) et les associations de plaisanciers, qui voient les parcourent de leurs adhérents de plus en plus brider par des interdictions de circulation. 

Derrière ces querelles de personnes il y a des territoires bien individualisés (Ile de Ré ; pays de Marenne-Oléron) qui ne souhaitent pas se plier face aux injonctions du préfet qu’il soit maritime ou de Charente-Maritime. Le plus bel exemple réside dans la prolifération des projets de «volets maritimes » à Ré, La Rochelle, Rochefort, Marenne ou Royan. Ils sont le pendant des Scots terrestres alors que les questions maritimes sont en grande partie partagée et devrait faire l’objet d’une stratégie plus large. Il est difficile de pronostiquer si les documents à l’échelle de la façade permettront d’améliorer les choses. Si les choses sont menées depuis la Préfecture, La Rochelle, nulle doute que les intérêts des territoires voisins risquent de donner bien du fil à retordre.