4.3.5 Étude de cas : Pourquoi les collectivités locales françaises s'intéressent elles de plus en plus à la planification et la gestion de leur espace maritime ?

2.2.3 Pourquoi cela ne marche pas…

Lorsque l’on cherche à comprendre les raisons de ce faible engouement, c’est tout un faisceau d’explications qui apparait. On peut résumer la chose en disant que l’essentiel porte sur une méconnaissance des choses de la mer ainsi que sur des images et des représentations de l’espace maritime qui semble être des freins à l’action. Trois éléments sont à souligner :

  • une question de culture ;
  • une question juridique ;
  • la question de la représentativité des acteurs de l’espace maritime. 

Dire que les collectivités littorales font peu de cas de la chose maritime est une question de culture, c’est s’interroger sur le statut de l’espace maritime. En Europe, depuis le XVIIe siècle une double vision coexiste : espace de liberté/espace de contrainte qu’il faut réglementer. On sait que cette opposition a dominé la plupart des discussions sur les droits internationaux de la mer au cours du dernier quart du XXe siècle. Pour de nombreux élus français, il est urgent de laisser l’État continuer à s’occuper seul des affaires de la mer même s’il s’agit du territoire que l’on a au pied de chez soi ! Il y a donc une certaine méfiance à vouloir s’intéresser à cet espace de « totale liberté ». 

La question essentielle dans le domaine juridique porte sur le statut du « domaine publique maritime » et de sa « gestion ». 

Enfin la question de la représentativité des acteurs de l’espace maritime est une question d’achoppement dans bien des programmes, dans bien des projets. On a pu le vérifier lors de la mise en place des concertations du « Grenelle de la mer ». Il y a des acteurs historiques qui ont longtemps été les seuls maîtres à bord. Ce sont les acteurs des ports : marins, négociants, pêcheurs. Ils sont depuis une cinquantaine d’années en « concurrence » avec de nouveaux acteurs de la mer, essentiellement des personnes liées au secteur du tourisme et des loisirs. Ce sont des plaisanciers, des pêcheurs occasionnels, des surfeurs, des hôteliers. Ils ne sont pas tous originaires de ces communes littorales mais représentent désormais un poids considérable dans l’activité économique. Ces deux mondes se fréquentent peu, se croisent parfois sur l’eau et parfois la mitoyenneté débouche sur des conflits (pêcheurs professionnels/plongeurs ; plaisanciers/ostréiculteurs ou mytiliculteurs). Face à ces conflits, les maires hésitent à prendre en main le devenir de leur espace maritime de peur de devoir rentrer de plein pied dans des conflits difficiles à régler car fruit de nouveaux équilibres. 

À travers deux exemples on essayera de montrer l’intérêt de la gestion de l’espace maritime par les communautés riveraines :

  • sur la côte méditerranéenne avec le doyen des SMVM : celui de l’étang de Thau ;
  • sur la côte atlantique avec l’atermoiement répété des collectivités locales de Charente-Maritime. 

L’étang de Thau (figure 1) se situe sur la côte languedocienne, à l’extrémité du canal du Midi et proche du port de Sète. Il s’agit d’un milieu d’une grande richesse associant un fin cordon littoral et une lagune qui fait le lien avec l’arrière pays. L’occupation humaine y est ancienne et la population y est dense profitant de l’intense courant de circulation qui borde ici la côte méditerranéenne. Aux activités maritimes traditionnelles (pêche et port) se sont ajoutées depuis la fin des années 1970, le développement d’une activité touristique qui a bénéficié des grands travaux d’aménagement de cette partie du littoral méditerranéen.

Cette carte thématique de l’étang de Thau montre les utilisations du territoire en codes couleur.

Cette carte thématique de l’étang de Thau montre les différents recouvrements du territoire en codes couleur.

Figures 1. Cartes de l’étang de Thau en 1995 et 2010.

Source : IGN