4.3.5 Étude de cas : Pourquoi les collectivités locales françaises s'intéressent elles de plus en plus à la planification et la gestion de leur espace maritime ?

2.1 La France, la terre, la mer et l’histoire (suite)

La question qu’il nous faut résoudre est de savoir si ces vicissitudes historiques peuvent expliquer en partie la frilosité des collectivités locales littorales vis-à-vis de la gestion de leur espace maritime. Pour ce faire, il faut interroger la relation complexe entre un milieu instable et labile (le milieu littoral) et le pouvoir (central ou pas) et donc les acteurs. 

Si on pose la question en regardant du côté des acteurs de la chose maritime ou littorale, il est facile de distinguer certains grands groupes. Parmi les « gens de mer », qu’ils soient à terre ou en mer, toute la question est celle de leur capacité d’organisation et de représentation et donc du poids qu’ils sont capables d’avoir. Les travaux sur « l’épopée de la sardine » sur les rivages atlantiques a bien montré la difficulté a fédéré dans une même perspective les équipages des bateaux et les ouvriers des conserveries. Tous les groupes ne sont donc pas égaux. Certains (négociants, armateurs) pèsent plus que d’autres (marins pêcheurs). D’autres forment des sortes de castes comme les opérateurs portuaires (dockers). Pour nous la question est de savoir s’il y a dans certains lieux alliance entre ces communautés pour former de véritables régions littorales maritimes où l’influence de l’océan ne se limiterait pas à quelques kilomètres à l’intérieur des terres. On pense à la région Bretagne et plus encore à certaines villes qui, sans aller jusqu’aux réputées républiques portuaires italiennes, on su marquer leurs territoires (Saint Malo, La Rochelle) et parfois s’opposer au pouvoir central. Il faudra voir si ces portions du littoral sont plus en pointe, ou pas, en ce qui concerne la gestion de leur espace maritime. 

L’acteur principal sur le littoral français est historiquement l’État, en raison de ces fonctions régaliennes. Le littoral est, on l’a vu à la fois un bord et une frontière. C’est ce sur quoi on a buté dans l’extension territoriale. La valeur littorale et maritime est forte puisque l’on complète le territoire par achat ou annexions de territoires côtiers (Dunkerque, Corse, Comté de Nice par exemple). Le littoral est donc avant tout vu comme une frontière qu’il faut donc défendre. L’investissement de l’État est fort sur le littoral : on pense aux défenses militaires mais aussi à tous les travaux de génie côtiers pour « défendre les terres ». Le littoral est souvent vu comme problématique même après l’avènement du « désir de rivage » cher à Alain Corbin. On pense menace (corsaires ou corvettes à l’horizon), défense (on évoque Vauban ou le Mur de l’Atlantique) ou pollution (échouage de l’Erika). En cherchant à répartir les forces (on pense aux arsenaux ou à la métallurgie sur l’eau) entre les différentes façades maritimes, l’État français n’a peut-être pas su favoriser un élan maritime encore plus fort. En terme de juridiction et d’aménagement c’est toujours lui qui a eu la main et les volontés de « décentralisation » peinent à s’imposer sur les bords de mer. C’est ce que nous allons voir désormais.