4.3.2 Étude de cas : Partie 2 - Perception/représentation des risques littoraux par les habitants

2.2.2 La prévisibilité a posteriori

La mise en évidence du biais (aussi appelé biais de rétrospection) s’est faite de la manière expérimentale suivante. On a d’abord divisé en deux groupes, de manière aléatoire, les individus participant à l’exercice. Aux deux groupes on a donné des informations sur un événement qui s’est produit (guerre) et des informations antérieures à ce fait (tensions politiques, crise économique,…). Puis on a demandé aux participants s’ils auraient été capables de prévoir l’événement s’ils avaient eu les informations sur ce qui le précédait. Les deux sous-groupes ont présenté la même proportion d’individus persuadés qu’ils auraient fait la bonne prévision… alors qu’à l’un des deux on avait fait un récit faux, qu’on ne leur avait pas donné le bon événement!

Appliqué à la question du risque, cela donne: nous pensons tous, en toute bonne foi, que si l’on avait eu toutes les informations en mains avant l’événement (l’accident, la catastrophe, etc.), nous aurions pu le prévoir. C’est une illusion assez semblable à celle du supporter de football qui, après le match perdu, pense qu’il aurait pu faire mieux que l’entraineur en matière de sélection des joueurs et de choix de la tactique de jeu!

Ce biais de prévisibilité a posteriori peut aider à comprendre pourquoi les citoyens sont volontiers critiques sur la gestion des risques par leurs édiles et les administrations.

Par exemple, pour les risques littoraux, les habitants d’une commune, d’une communauté  font volontiers pression sur leurs élus pour qu’ils leur délivrent un permis de construire dans une zone présentant un risque de submersion marine, mais sont les premiers à dénoncer l’irresponsabilité de ceux-ci en cas de catastrophe (ils auraient dû prévoir!).

C’’est le paradoxe du politique par rapport à la catastrophe : priori il est souvent jugé trop prudent, puisqu’il restreint la liberté (de bâtir, de fréquenter certaines zones à risques, etc.) des individus, a posteriori (après l’accident, la catastrophe), il est tout aussi facilement dénoncé comme ayant été inconséquent, ayant manqué de prudence en autorisant des actions qui ont mis ses concitoyens en danger...