4.3.2 Étude de cas : Partie 2 - Perception/représentation des risques littoraux par les habitants

1.2 Extension du domaine du risque

Un risque est une construction sociale : il n’existe pas de risque sans que certaines conditions sociales soient remplies. D’abord, il faut que l’événement qui en constitue le cœur soit repéré, sa nocivité et sa probabilité de survenue plus ou moins connues. Un danger, bien qu’existant, n’est pas obligatoirement constitué en risque.

Par exemple, à la fin des années 70 du siècle dernier, avant que l’on arrive à identifier le facteur contaminant et son mode de transmission, le virus du SIDA, malgré les ravages qu’il faisait dans certaines populations (homosexuels, , toxicomanes, hémophiles transfusés…) n’était pas un risque, mais un danger que l’on courrait lors des rapports sexuels non protégés, des échanges de seringue et des transfusions sanguines, sans en être ni conscient ni capables d’en évaluer les dommages potentiels comme la probabilité.

Aujourd’hui, pour les risques littoraux liés au changement climatique, la partie « aléa » (probabilité de survenue d’événements comme les submersions marines) est encore mal connue. Donc ces risques sont encore mal constitués, imparfaitement construits. 

L’aspect « enjeux » du risque est également socialement construit, puisqu’une société particulière va définir, par un consensus plus ou moins facile à trouver et toujours évolutif, ce qui constitue des dommages et ce qui n’en constitue pas; ainsi que la valeur – le plus souvent économique – attribuée à ceux-ci.

On peut ainsi considérer qu’au cours du XXe siècle, dans les sociétés occidentales, on est passé (voir figure 2) de l’enveloppe verte à l’enveloppe bleue, en incluant de plus en plus les dommages psychologiques subis par les individus soumis à des accidents, à des catastrophes, ou même à dans leur vie ordinaire (ce qui est visible dans l’évolution des législations des pays occidentaux),

Pour les submersions marines, par exemple, on va considérer comme dommages non seulement les biens détruits ou abîmés et les éventuelles victimes de noyade, mais aussi les traumatismes subis par ceux qui ont été directement confrontés à l’événement.

Ce graphique montre que la sphère des dommages physiques et matériels exerce une influence sur la sphère des dommages physiques.

Figure 2. extension du domaine du risque dans les sociétés occidentales.

Source : Hervé Flanquart.