4.3.1 Étude de cas : Partie 1 - L’analyse des risques et de leur gestion en géographie

4.2 Les enjeux : du territoire du vide au territoire du trop plein (suite)

L’étude réalisée par le MEEDDAT en 2007 est intéressante en raison de la période choisie – 1986-2006 - pour mesurer les évolutions socio-démographiques. L’année 1986 correspond au vote par le Parlement d’une loi relative à l’aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral4 dont l’un des objectifs est la maîtrise de l’urbanisation sur les côtes françaises. En 1986, les départements littoraux comptent 19,7 millions d’habitants permanents dont 5,5 millions dans les communes littorales. 20 ans plus tard, ils regroupent 22 millions d’habitants (+ 12 %) et les communes littorales, 7 millions d’habitants (+ 26 %).Les seuls territoires littoraux de la façade méditerranéenne regroupent 47 % de cette croissance des départements et environ les deux tiers de celle des communes littorales. Dans les communes littorales, la densité de population est égale à 281 hab/km2 en 2006, soit presque trois fois supérieure à la moyenne nationale (avec des situations régionales contrastées : 339 hab/km2 pour les communes littorales de la façade méditerranéenne, 169 en Atlantique et 315 en Manche Mer du Nord). L’une des évolutions la plus significative de cette période 1986-2006 est la croissance démographique des arrière-pays littoraux. Les communes arrière-littorales concentrent 77 % de la croissance de la population des départements littoraux entre 1986 et 2006.

Le télescopage entre ces deux dynamiques – le recul du trait de côte associé parfois à des submersions marines – et la concentration de plus en plus importante d’enjeux humains et économiques dans la frange côtière des communes littorales – détermine la construction d’un espace de danger potentiel ou un territoire à risques (Meur-Férec, 2002, 2006; Meur-Férec et al., 2008 ; Meur-Férec et Morel, 2004) (figure 3).

Ce graphique montre à l’aide de photos, texte et schémas l’évolution historique de l’aménagement côtier.

Figure 3. Le littoral, un territoire à risques (d’après Meur-Férec et Morel, 2004)

Source : Deboudt, 2010, 20135

Cette rencontre entre ces deux trajectoires sociodémographique et de l’évolution du trait de côte a été décrite, par exemple, par Catherine Meur-Férec et Valérie Morel (2004) pour la commune de Wimereux (Pas-de-Calais) ainsi que dans plusieurs manuels de géographie littorale (Miossec, 2004; Paskoff, 1993, 1998). En raison de la mobilité intrinsèque des systèmes naturels côtiers et des formes littorales, le télescopage entre ces deux dynamiques se réalise depuis l’installation de populations, d’habitations ou d’équipements en bord de mer au milieu du 19e siècle.

Cependant, du 19e siècle à aujourd’hui, trois facteurs ont compliqué la gestion de ces interactions :

  • à la gestion de l’évolution du trait de côte maîtrisée par la construction d’ouvrages de défense côtière s’est ajoutée, dans les années 1990, la gestion de la pénurie sédimentaire sur les plages. Ce problème s’est généralisé aujourd’hui pour de nombreuses stations balnéaires ;
  • dans les années 1990, l’État a affirmé un changement de stratégie dans la gestion des risques naturels, avec une priorité donnée à la prévention au détriment de la maîtrise de l’aléa ;
  • les conséquences du changement climatique sur l’élévation potentielle du niveau de la mer, avec une valeur moyenne d’environ 40 cm d’ici à 2100, exacerbent la pression exercée sur les territoires côtiers du point de vue de leur exposition aux aléas d’érosion et de submersion (Vinchon et al., 2009).

Pour prolonger :

Panorama de la démographie et du littoral français métropolitain par l’INSEE en 2009 :

http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=4&ref_id=14209

4Loi n°86-2 du 3 janvier 1986
5Deboudt P., 2013, Géographie sociale de la nature littorale, Editions Universitaires Européennes, 640 p. 

Deboudt P., 2010, Contribution à une géographie sociale de la nature littorale, Habilitation à Diriger des Recherches en Géographie4 décembre 2010, Université de Nantes, volume 1, 342 p.