3.1.3 Adaptation

9) Comment mesurer l’adaptation ?

Une des difficultés presque ontologiques des projets d’adaptation est l’évaluation de leur succès. Il est en effet difficile de mesurer quantitativement des changements dans la capacité d’adaptation. Dans le cas de la réduction des désastres, on peut bien sûr utiliser le nombre de victimes, de sans-abris, de dommages matériaux comme indicateurs. Ainsi, la diminution drastique du nombre de victimes lors de cyclones au Bangladesh entre les années 1970 et les années 2000 (voir section 3.3) peut certainement être interprétée comme un indicateur de succès des mesures d’adaptation entreprises, notamment les refuges en béton ou les systèmes d’alerte. Cependant, l’adaptation ou la construction de la résilience ne se résument pas toujours à des approches simples et mesurables, mais sont imbriquées dans un processus de changement social et de développement.  Elles font donc partie d’un système plus englobant et sont inscrites dans une temporalité et un processus dynamique. Certains indicateurs peuvent être trompeurs. Par exemple, une diminution des dommages assurés dans une zone côtière peut simplement refléter le fait que les compagnies d’assurances n’assurent plus les propriétés et non une diminution de la vulnérabilité (Pringle, 2011).

En conséquence, les organismes internationaux œuvrant dans le domaine de l’adaptation et du développement élaborent des méthodologies de suivi et d’évaluation (en anglais monitoring and evaluation ou M&E) leur permettant d’évaluer l’efficacité de leurs actions et d’effectuer un apprentissage qui peut lui-même faire partie des indicateurs de succès (Pringle, 2011). Un des principes du M&E est de définir un scénario de base (baseline scenario) par rapport auquel il est possible de comparer la situation post-adaptation. Pour cela, la prise en compte de l’évolution graduelle du scénario de base de vulnérabilité en fonction des paramètres climatiques est un nouveau défi qu’on commence à relever (Brooks et al., 2011). L’indicateur traditionnel du degré d’implémentation d’un projet n’est pas suffisant pour juger de l’efficacité d’un projet, et ce autant pour des projets d’infrastructure (est-ce qu’une structure anti-érosion contribue véritablement à maintenir une plage ?) que pour des changements institutionnels (est-ce que l’implantation d’un comité de gestion intégrée mène vraiment à une meilleure concertation des acteurs et une plus grande résilience climatique ?). La Banque Mondiale distingue ainsi des indicateurs de processus et des indicateurs d’impacts qui correspondent à ces deux niveaux d’efficacité (World Bank, nd).

Les questions d’éthiques ne peuvent pas non plus être ignorées, et surtout celles de distribution ou d’équité. Est-ce que des mesures d’adaptation devraient protéger la plus grande valeur d’infrastructures côtières ou le plus grand nombre de personnes  ; et est-ce que le nombre de personnes dont la vulnérabilité est réduite est un bon indicateur ou est-ce qu’un poids plus grand devrait être attribué aux populations les plus vulnérables  ? Autant de questions auxquelles il n’existe pas de réponse facile.

Des obstacles de nature pratique se dressent également. L’incertitude et la nature à long –terme des changements climatiques rendent une évaluation de l’efficacité souvent impossible lors de la durée d’un projet d’adaptation, typiquement de quelques années, considérant que très peu de projets prévoient une évaluation post-projet à plusieurs années d’intervalle (UNFCCC, 2010). Dans les pays en développement, le manque de données de base, p.ex. sur les débarquements de la pêche ou l’état des écosystèmes, rend souvent une évaluation du niveau de départ difficile ainsi que la comparaison avec l’état post-projet (World Bank, nd).

En somme, le suivi et l’évaluation des projets d’adaptation renvoient aux notions fondamentales de ce champs et, lorsque vu comme un processus accompagnant et guidant l’adaptation, l’évaluation  permet un apprentissage continu sur « ce qui marche et ce qui ne marche pas » (Spearman et McGray, 2011 ; UNFCCC, 2010).