3.1.3 Adaptation

8) L’adaptation au niveau national

Au niveau national, de nombreux pays ont élaboré des plans d’adaptation aux changements climatiques. Dans le cadre de la CCNUCC, une évaluation de la vulnérabilité et une stratégie d’adaptation doivent être incluses dans les communications nationales, que tous les pays signataire s’engagent à fournir dans des délais spécifiques, différents pour les pays de l’annexe I et ceux n’y figurant pas. Pour les pays ne faisant pas partie de l’annexe I, il s’agit d’un prérequis pour pouvoir solliciter des subventions sous les différents fonds décrits plus haut. De même, les Programmes d’action nationale pour l’adaptation (PANA) qui sont préparés par les pays les moins avancés à partir de la COP 7 de 2001 leur permettent de proposer des mesures d’adaptation devant être financées par le fonds pour les PMA.

Les politiques d’adaptation, et leur niveau d’implémentation, varient considérablement d’un pays à l’autre. Il peut s’agir de mesures d’infrastructures (construction de protection physiques, renforcement du réseau routier ou de gestion de l’eau), de mesures d’urgence et systèmes d’alerte, d’aide pour l’amélioration de pratiques agricoles et le renforcement de la sécurité alimentaire, de mesures de sensibilisation et d’éducation, de renforcement des capacités scientifiques (instrumentation, formation d’experts, etc.), ou de renforcement institutionnel des organes gouvernementaux chargés de la gestion. Le point commun à toutes ces interventions est d’augmenter la capacité d’adaptation, notion plus spécifique aux changements climatiques, soit d’augmenter la résilience climatique, terme plus général comme il sera expliqué ci-dessous.

Un aspect important de plus en plus intégré dans les plans d’adaptation est la vulnérabilité sexospécifique. Il est en effet généralement reconnu que les femmes sont souvent plus vulnérables aux impacts des changements climatiques (ainsi qu’à d’autres facteurs environnementaux), du fait de leur rôle spécifique dans la société, de leur vulnérabilité socio-économique, de leur accès limité aux ressources et de leur plus faible mobilité (Dankelman, 2008 ; Nellemann et al., 2011, WEDO et UNIFEM, 2010). Par exemple, ce sont souvent elles qui sont responsables de la gestion domestique de l’eau. Leur situation économique plus précaire les rend de manière générale plus vulnérables aux impacts négatifs des changements climatiques sur certains secteurs économiques. Ces observations ne sont d’ailleurs pas limitées aux pays en voie de développement, puisqu’au Canada, par exemple, les femmes travaillant dans l’industrie de transformation des produits de la pêche sont fortement vulnérables aux impacts des changements ou des aléas climatiques sur la ressource, tout comme c’est le cas au Bénin ou au Sénégal (Forgues et Séguin, 2011). Les femmes sont aussi plus fortement touchées par les répercussions des changements climatiques sur la santé physique et psychologique et le stress additionnel occasionné aux mères (Eyzaguirre, 2009).

Étant donné l’étroite imbrication de la vulnérabilité aux changements climatiques et des composantes socio-économiques, démographiques, territoriales et autres du milieu récepteur (voir les notions de système), il existe un fort mouvement pour intégrer les questions d’adaptation dans les politiques sectorielles impliquées (autant en tant que véhicule de l’adaptation qu’en tant que secteur affecté), plutôt que de formuler des politiques d’adaptation isolées de leur contexte. Le « mainstreaming » de l’adaptation climatique vise ainsi à élaborer des stratégies intégrées, à formuler des solutions plus efficaces et à catalyser les changements institutionnels qui favoriseront l’adaptation (Dalal-Clayton et Bass, 2009). Dans sa formulation la plus générale, il s’agit d’intégrer les changements climatiques dans la planification du développement (UNEP/UNDP, 2011). La mise en pratique du « mainstreaming » pose un défi important pour les pays, car l’intégration va à l’encontre des pratiques institutionnelles, plutôt axées vers le cloisonnement des compétences respectives des différents ministères et agences gouvernementales et de manière plus générale des secteurs et des acteurs (Huq et al., 2003). On observe cependant des changements. Ainsi, la République d’Haïti s’est dotée d’un Comité Interministériel pour l’Aménagement du Territoire (CIAT) qui a pour mission d’articuler l’action des différents ministères et de développer des stratégies intégrées pour affronter les défis de l’organisation du territoire et la gestion de risques naturels comme les changements climatiques.