4.7.3 Bénin

4.3.2 Vulnérabilité des deux communautés

L’analyse des indices de vulnérabilité révèle qu’avec un indice de 0,28, Grand-Popo est globalement plus vulnérable à la variabilité et aux changements climatiques que Ouidah. Les résultats de cette étude ont montré que la plus forte vulnérabilité n’est pas forcément associée à la plus forte sensibilité et la plus faible capacité d’adaptation. L’exposition globale à laquelle sont soumis les moyens d’existence des ménages d’une communauté peut s’avérer très déterminante. La forte vulnérabilité de la commune de Grand-Popo est notamment due à son niveau d’exposition élevé (figure 17). La différence d’exposition traduite par les sous-indices d’exposition est expliquée par l’occurrence des évènements climatiques extrêmes (notamment les inondations et les orages avec vents violents) et les variations de la pluviométrie. Ceci est confirmé par les enquêtes au niveau des ménages où 58,8 % des ménages ont rapporté les variations de pluviométrie et les vents violents comme risques climatiques majeurs.

Figure 17. Sous-indices et indices de vulnérabilité par commune

Figure 17. Sous-indices et indices de vulnérabilité par commune

Sources : Thoto, 2013.

Même si l’avancée du niveau de la mer n’a pas pu être intégrée dans le calcul des indices de vulnérabilité, elle constitue un facteur majeur qui augmente le niveau d’exposition des deux communes. Les effets de cette avancée sont très perceptibles dans les deux localités surtout dans la commune de Grand-Popo où des villages entiers ont déjà disparu et plusieurs populations ont du se reloger. L’avancé du niveau de la mer affecte les populations humaines elles-mêmes.

 Un chef de ménage de Grand-Popo témoignait au cours d’un focus groupe : « La mer a tellement avancé que ma grande famille a été obligée de se déplacer, ce qui nous a séparé puisqu’il n’était plus possible de trouver un espace pouvant maintenir notre unité territoriale…»

La sensibilité est également plus forte à Grand-Popo qu’à Ouidah. Ceci est essentiellement dû au fait que les ménages dépendent largement des activités de pêche et passent plus de temps dans ces dernières. Cette forte sensibilité combinée à la grande exposition de la commune, créé un fort potentiel impact qui rend la localité plus vulnérable à la variabilité et aux changements climatiques.

Au niveau de la capacité d’adaptation, les résultats montrent des sous-indices égaux pour les deux communes. Il existe cependant des différences entre les deux communes. Par exemple, le niveau d’instruction qui est un indicateur de la capacité d’adaptation est beaucoup plus faible à Ouidah (0,55) qu’à Grand-Popo (0,16). De même, il existe une différence remarquable entre le nombre d’actifs agricoles moyen par ménage ; Ouidah ayant la plus forte moyenne. L’accès des communautés aux mangroves, en tant que capital naturel s’est aussi avéré être un élément important de leur capacité d’adaptation. Les focus groupes ont révélé que les communautés les plus proches des mangroves tirent plus de profit en termes de ressources aquatiques et de produits ligneux et non ligneux.

Certains indicateurs comme le nombre d’années d’expérience, le niveau de diversification du revenu et le nombre d’actifs agricoles contribuent de manière significative (p < 0.01) à la différenciation des classes de ménages suivant le niveau de vulnérabilité. Plus le ménage a de performance dans ces indicateurs moins il est vulnérable. Le capital financier, en particulier le revenu, est une composante très importante dans la capacité d’adaptation des ménages. Le constat est que les ménages dont les membres ont d’autres sources de revenus, qu’elles soient agricoles ou non agricoles, souffrent moins des effets négatifs de la variabilité et des changements climatiques sur la pêche car ils disposent d’alternatives en cas d’impacts climatiques. L’accès à l’information et le conseil agricole se sont avérés non significatifs dans la différentiation des classes de vulnérabilité (p > 0,05). Cela ne signifie pas qu’ils n’influencent pas la capacité d’adaptation, mais plutôt que tous les ménages vivent une situation similaire pour ces indicateurs. Par exemple dans les deux communes, le manque de personnel spécialisé au niveau des Secteurs Communaux de Développement Agricole (SCDA) fait que les pêcheurs ne bénéficient pas d’une assistance particulière dans leurs activités. Il en est de même pour l’accès à l’information agricole.