4.7.3 Bénin

4.3.1 Impacts des changements climatiques sur le territoire (suite)

En plus des facteurs naturels, certaines activités humaines favorisent le phénomène d'inondation dans les communes de Grand-Popo et Ouidah. Il s'agit entre autres de : l'occupation des bas-fonds par les habitats, entraînant le comblement des exutoires naturels ayant pour effet l'élévation du niveau des eaux souterraines (relèvement de nappe) et par conséquent l'hydromorphisation des sols et les inondations. On note aussi une résurgence du « beach-rock » sur le littoral togolais à la frontière avec le Bénin, et la construction d’ouvrages de protection de la côte à Kpémè et Anécho (Togo), qui exercent une influence sur le transport de sédiments.

Un facteur important a été la construction du barrage de Nangbéto. Le fleuve Mono était caractérisé par une crue unique en septembre et par un étiage très prononcé de Décembre à Avril. Toutefois, la mise en service du barrage de Nangbéto a modifié ce régime d’où la présence de deux crues par année. D’après les analyses de Soclo en 1994, l’on assiste à un ensablement des cours et des plans d’eau entrainant une faible productivité de ces écosystèmes et donc une réduction des produits de pêche. De l’analyse d’autres travaux sur l’installation du barrage Nangbéto, il ressort entre autre que l’arrêt des apports sédimentaires fluviaux par le barrage de Nangbéto et l’arrêt du transit littoral par les ouvrages portuaires de Lomé, Cotonou et Lagos sont à la base de l’inondation d’une part et de l’érosion côtière d’autre part. La mise en œuvre de ce barrage aurait causé un déficit annuel d’apports fluviaux d’environ 100 000 m3 de sable retenu en amont (Rossi, 1989). Le risque d’inondation a ainsi augmenté à cause de la faible capacité de rétention d’eau des sols sur tout ou une partie de l’année, entraînant un engorgement temporaire ou permanent d’une partie ou la totalité du profil. Le type de sol fait que le développement de certains végétaux réduit les écoulements, l'aération, la pénétration de la lumière induisant ainsi des conditions anoxiques dans lesquelles seules les espèces les plus tolérantes survivent. Cette situation de déficit en oxygène entraîne la destruction des espèces et donc le comblement des cours et plans d'eau.

Parmi les activités économiques qui contribuent à dégrader cet environnement il y a la destruction du couvert végétal par la coupe de bois pour utilisation soit comme bois d’œuvre, soit comme bois de chauffe. Les statistiques officielles indiquent à ce sujet une consommation dans la zone côtière dépassant 22 millions de tonnes par an (MEHU, 1997). De plus, une partie importante de ce bois est prélevée dans la mangrove occupée par certaines communautés Xlwa spécialisées dans la fabrication artisanale de sel. La conjugaison de ces différents facteurs a considérablement détruit la végétation de mangrove, la menaçant même de disparition (Paradis, 1986 ; Toffi, 1991) (figure 15-16).

Figure 15. Environnements de mangrove naturel et habité
Figure 16. Environnements de mangrove naturel et habité

Figure 15-16. Environnements de mangrove naturel et habité

Sources : ACED-Bénin

L’analyse des perceptions populaires a révélé que le phénomène des changements climatiques est un fait reconnu par tous les enquêtés des deux communes qui se manifeste de diverses manières. Selon les populations, les pluies sont plus abondantes et tardives; les températures sont plus élevées et les vents plus violents. Cette variabilité expose les populations à des maladies telles que le paludisme, le choléra, le pied d’athlète, les vomissements, la fièvre typhoïde, etc. L’analyse des perceptions des populations quant aux causes de ces mutations ont révélé que les principales causes évoquées sont la déforestation (29 % à Ouidah et 26 % à Grand-Popo), l’effet de différentes sortes de gaz dans l’atmosphère (21 % à Ouidah et 6 % à Grand-Popo) et le cycle naturel du climat (36 % à Grand-Popo et 28 % à Ouidah).