4.7.2 Le Delta du Saloum au Sénégal

3.3 L’adaptation aux conditions changeantes (suite)

La migration à l’étranger ou en ville, en tant que travailleur saisonnier ou comme femme de ménage, souvent à Dakar, mais aussi à Fatick, en Casamance et même en Guinée-Bassau, contribue également à complémenter les revenus. Des répondants de Bassoul et Diogane ont exprimé leur déception du fait que ces personnes ne reviennent souvent que pour la fête de Tabaski (fête la plus importante de l'islam qui marque la fin du Haj). Certains pêcheurs de Djirnda ou Bassoul ont quitté le village à la recherche de zones plus poissonneuses en Guinée Bissau, en Gambie, en Casamance ou d’autres localités.

 Les répondants restant sur place regrettent cependant l’exode de pêcheurs (« Mais ils ne contribuent pas au développement de la communauté. L’argent sert à aider la famille un peu. »).

Dix-sept des répondants affirment avoir eu recours au crédit pour les activités de pêche. Seulement 16 des répondants, principalement de Félir, ont eu recours aux intrants agricoles pour améliorer les rendements. L’accès aux intrants est étroitement associé aux conseils agricoles prodigués par les agents de l’Agence Nationale de Conseil Agricole et Rural (ANCAR), qui sont peu présents dans la plupart des villages.

Le rôle du milieu associatif est très important. La moitié (30 sur 72) des répondants font partie d’un regroupement. La nature de ces regroupements est variée, comprenant des systèmes de prêt pour faciliter l’accès au crédit, l’aide au développement communautaire, les associations sportives, les regroupements de femmes, les fraternités, les associations religieuses. Cet aspect est considéré par les répondants comme un facteur d’adaptation car il représente un système informel d’organisations de solidarité et de valeurs communes qui renforce les liens sociaux et l’entraide au sein du village.

L’accès à l’information reste un problème entravant la capacité des communautés à s’adapter. Seulement 10 répondants ont reçu de l’information pertinente sur le climat et les risques climatiques via la radio ou la télévision, 17 répondants en ont eu grâce à des actions de sensibilisation, d’information ou de mobilisation. La majorité des répondants n’ont donc pas eu accès à des connaissances sur le climat, les risques climatiques et les changements climatiques. L’accès aux informations météorologiques à moyen terme est tout aussi déficient. Seules 2 personnes disent avoir eu accès aux prévisions climatiques saisonnières, tandis que 9 répondants ont des notions sur les systèmes traditionnels de prédiction météorologique. 

L’électrification est souvent mentionnée comme un besoin urgent. Fayako n’a pas d’électricité du tout, Djirnda seulement de minuit à 14h, Diogane plus depuis 2003, car les cotisations pour acheter l’essence pour le système solaire-diésel ne sont plus versées. Cela empêche aussi la conservation des produits de la pêche avec des conséquences économiques :

 « Nos captures sont vendues à des prix dérisoires. Car nous n’avons pas les moyens de les conserver. Si nous disposions d’électricité, on pourrait vendre nos gains aux prix du marché, mais dans ces conditions ce n’est pas possible. Ce sont des manques à gagner exorbitants » (répondant de Fayako).

Des systèmes solaires comme à Félir permettent de fournir de l’électricité (figure 28)

Figure 28. Capteurs solaires à Félir

Figure 28. Capteurs solaires à Félir

Source : É. Lacoste-Bédard, 2014

La collecte d’eau de pluie est une des solutions mises en œuvre pour pallier au manque d’eau potable (figure 29

Figure 29. Château d’eau à Félir

Figure 29. Château d’eau à Félir

Source : É. Lacoste-Bédard, 2014