4.7.2 Le Delta du Saloum au Sénégal

3.2 Perception des problématiques environnementales et de la vulnérabilité (suite)

Les inondations sont fréquentes et destructrices, affectant autant les infrastructures que les terres cultivées.

 À Djirnda, on rapporte que les inondations sont plus importantes depuis 2000 car les précipitations sont devenues plus fréquentes. À Fayako, un répondant explique que « Les inondations constituent le plus gros problème rencontré durant l’hivernage. Chaque hivernage, cette maison là (ndlr une maison située à 50 m de la mer) est inondée chaque année à cause des fortes houles. Toutes les maisons de l’île ont migré vers les hauteurs ces 20 dernières années. L’eau détruit beaucoup de choses dans nos maisons. ». À Diogane, l’eau envahit chaque année l’ancien pont et les terres cultivées.

L’impact sur l’agriculture est dramatique, puisqu’en plus du manque d’accès et de la perte de récoltes, les champs inondés par l’eau saumâtre deviennent salinisés (figures 18-19) et impropres aux cultures pratiquées :

 
  • « L’an passé, l’accès aux champs était impossible car ils étaient inondés » (un résident de Fayako)
  • « Les sites se sont complètement détériorés» (un résident de Diogane)
  • « Nous n’avons plus de moyens pour faire l’agriculture » (un résident de Diogane)
  • « Les sols sont devenus pauvres » (un résident de Diogane)
  • « Il fut des temps on a jamais acheté le riz ailleurs, on cultivait le riz dans toute cette zone mais actuellement avec la salinisation des terres, cette activité est devenue impraticable » (un résident de Djirnda)
  • « Les sols sont devenus trop salés pour accueillir certains types de culture » (un résident de Fayako)
  • « Bassoul est un peu particulier, nous ne pouvons pas faire des activités de contre-saison car l’eau est salée. On ne peut pas faire du maraichage » (un résident de Bassoul)
Figure 18-19. Affleurements de sel sur les sols à Félir
Figure 18-19. Affleurements de sel sur les sols à Félir

Figure 18-19. Affleurements de sel sur les sols à Félir

Source : É. Lacoste-Bédard, 2014

Les conditions changeantes, et surtout la salinité en augmentation affectent aussi les mangroves et certaines espèces halieutiques. Un répondant de Fayako mentionne que la crevette et d’autres espèces commencent à migrer à cause de la salinisation. À Djirnda, le Yaranka, une espèce présente lors de la saison des pluies a disparu en même temps que la mangrove, qui est son lieu de reproduction. À Diogane, selon les répondants, toutes les espèces auraient diminué et le Yakh et Seed disparu entièrement. Les espèces terrestres ne sont pas épargnées par les changements climatiques. À Fayako, les répondants notent la disparition de certains mammifères. À Diogane, la biche a disparu et les chacals et singes se font plus rares. Cela est attribué par les répondants aux changements présents, mais aussi à la sécheresse des années 1970.

La diminution des rendements de pêche est attribuée par les répondants à plusieurs facteurs, dont la salinisation, l’augmentation de la pression de pêche et la reconversion d’agriculteurs en pêcheurs.

 Ainsi, un répondant de Fayako affirme que « l’année dernière (2013), l’essentiel de la production a été détruit par l’eau de mer ». À Djirnda, selon une femme, cela serait dû à trois facteurs : augmentation du nombre de femmes s’activant dans ce secteur, salinisation des terres et diminution de la mangrove. Un répondant de Diogane explique que « le nombre de pirogues a augmenté. Vous savez comme l’agriculture ne donne plus dans la zone à cause de la salinisation des terres, tout le monde s’adonne à la pêche ». Par ailleurs, depuis la rupture de la flèche de Sangomar, certains villages comme Diogane sont plus exposés aux vents et la houle. Les vents forts empêchent les pêcheurs et piroguiers d’aller en mer environ une semaine par mois.

L’impact des évènements météorologiques extrêmes sur les moyens de production a été souligné : un cas de naufrage, une perte de filet, l’effondrement d’un bâtiment, la perte de pirogues et l’usure plus rapide du matériel. Cela se passe dans un contexte de raréfaction des poissons dans les zones de pêche usuelles menant à un rétrécissement de la grosseur des mailles du filet et une augmentation généralisée, à l’exception du village de Félir, des coûts de production : hausse des coûts du carburant, de location de la pirogue, des filets et du matériel et intrants agricoles. De surcroit, la plus grande distance à parcourir pour la capture influe sur la hausse des frais d’essence.