4.7.1 L’augmentation du niveau de la mer et les zones côtières – une vulnérabilité partagée

4.2 Adaptation, capacité, freins et apprentissage mutuel

La capacité d’adaptation est plus difficile à évaluer et à comparer, puisqu’elle est fonction de nombreuses variables d’ordre politique, économique, social, scientifique, éducative entre autre. La plus grande disponibilité de moyens financiers et matériels qu’on suppose dans un pays développé comme le Canada par rapport à des pays en développement comme le Bénin ou le Sénégal n’est pas un gage d’une plus grande capacité d’adaptation. La cohésion sociale, l’éducation, le réseautage, la sensibilisation de la population sont des facteurs tout aussi importants. La disponibilité de données scientifiques, comme des relevés lidar et des modèles d’élévation numériques produits sur la majorité du littoral Acadien, est un atout pour la planification des communautés, mais n’est profitable que si elle s’inscrit dans un processus d’adaptation soutenu par les acteurs. Ces outils s’avèrent peu utiles dans un contexte de faible gouvernance et contrôle sur le territoire, comme le montre le cas de la Plaine du Cul de Sac en bordure de Port-au-Prince en Haïti, où, malgré la disponibilité de ces outils, les plans de développement urbain ne tiennent pas compte des zones inondables (voir étude de cas  « 4.5 La vulnérabilité et l’adaptation dans un pays en développement : Haïti ».

Fait intéressant, les enquêtes menées sur les trois terrains identifient les mêmes freins à l’adaptation. On observe ainsi des thèmes récurrents :

  • Développement dans des zones à risque
  •  Augmentation de la valeur et de l’attrait du domaine littoral
  •  Manque de soutien des autorités
  •  Absence d’une vision à long terme
  •  Déficit d’information scientifique
  •  Adaptation réactive avec des moyens improvisés
  •  Adaptation axée fortement sur la protection – souvent irréaliste
  •  Vulnérabilité des femmes

Ainsi, bien que moins vulnérables sur certains plans, les communautés des pays développés ne sont souvent pas mieux préparées à affronter les risques côtiers. Cette observation, qui a déjà été faite lors d’une comparaison Sénégal-Nouveau-Brunswick (Noblet, 2015), ou à l’exemple du Bangladesh, universellement reconnu pour ses efforts d’adaptation, ouvre la possibilité d’apprentissages mutuels plutôt que de transfert de connaissances unidirectionnels des pays développés vers des pays en développement. D’ailleurs, des communautés canadiennes s’inspirent d’adaptation de communautés de pays en développement autant que développés (figure 10).

Figure 10. Extrait du plan de gestion intégrée de la zone côtière Carleton St. Omer (2006)

Figure 10. Extrait du plan de gestion intégrée de la zone côtière Carleton St. Omer (2006)

Source : Municipalité de Carleton

 Dans les deux prochaines sections, nous décrirons les études de cas du Delta du Saloum au Sénégal et du Bénin. Pour les expériences canadiennes, vous pourrez consulter les études de cas 4.1 Le littoral acadien et les changements climatiques et 4.2 Étude de cas - Le Québec Maritime. La section 4.6 Sénégal : Adaptation au changement climatique en zone côtière décrit une autre zone côtière du Sénégal, la Petite Côte, située directement au nord du Delta du Saloum.