4.1.1 Partie 1 : L’importance de la participation citoyenne à l’élaboration de plans d’adaptation et le rôle de médiateur des universitaires : les cas de Pointe-du-Chêne, Le Goulet, Shippagan, Bathurst, Cocagne, Grande-digue, Nouveau-Brunswick, Canada

2.1 Contexte

La ville de Shippagan est située sur le territoire de la baie du même nom, dans la péninsule acadienne. La baie de Shippagan a une longueur d’environ 15 km et sa profondeur moyenne est d’environ 4 mètres. Elle est relativement protégée autant de la baie des Chaleurs au nord que du golfe du Saint-Laurent au sud, avec lequel elle communique à travers un étroit chenal aménagé. Le territoire de la communauté donne au sud sur la baie de Saint-Simon. Les activités reliées à la mer jouent un rôle important à Shippagan. La flottille de pêche est constituée d'environ 90 bateaux. On trouve également un port de plaisance, un site d’ostréiculture, une usine de transformation de produits marins, l’Aquarium et le Centre marin du Nouveau-Brunswick. La côte comporte des marais côtiers, ou marais salés, qui sont des lieux de nidification, entre autres pour les hérons, ainsi que des lieux d’alevinage pour différentes espèces de poissons.   

Les changements climatiques se traduisent à Shippagan par une augmentation de la température de l’air et en particulier en hiver (3 oC d’augmentation moyenne entre 1985 et 2011), la durée et l’épaisseur du couvert de glace sur la baie de Shippagan, la durée de l’hiver, une hausse du niveau marin moyen (10 cm depuis les années 1970). Par contre, ni la fréquence ni l’amplitude des ondes de tempêtes maximales n’ont augmenté́ depuis 1963. 

Comme Shippagan est située sur une presqu’île, son territoire est particulièrement vulnérable à une augmentation du niveau de la mer, d’autant plus que la subsidence naturelle est d’environ 5 centimètres par siècle. Une partie de la côte de la Baie de Shippagan est protégée par des structures en bois et en pierres. La situation de la Route 113, la seule route d’accès à la ville, est un sujet d’inquiétude puisque la route longe la mer à plusieurs endroits, par exemple la baie de Saint-Simon et traverse le havre de Shippagan et le lac d’Inkerman.

Cette photo montre une vue aérienne du port de Shippagan.

Figure 4. Le centre-ville de Shippagan.

Source : CAPA, 2007

L’érosion est difficile à quantifier et les avis de la population sont partagés, certains estimant que les taux d’érosion avaient augmenté, d’autres argumentant qu’il s’agit d’un phénomène qui a toujours été présent. Ces observations vont dans le sens du rapport de Robichaud et al. (2012), qui démontre que le trait de côte est stable pour 67 % des transects étudies (en parie protégés artificiellement), qu’il recule pour 28 % des transects et qu’il avance pour 5 %. Il existe dans la population certaines inquiétudes relatives au devenir de la flèche de sable du goulet qui protège la baie du Golfe du Saint-Laurent. Certains résidents ont observé un envasement de la baie, qu’ils attribuent à la construction du pont reliant Shippagan et l’île de Lamèque en 1959, et qui aurait causé un changement de la circulation de l’eau et non aux changements climatiques. 

Au contraire de la municipalité voisine, on n’observe pas d’intrusion d’eau salée dans les puits, mais plusieurs habitants sont inquiets que cela puisse se produire dans le futur.

Ces graphiques montrent l’évolution des températures de l’air et de la hauteur moyenne de l’eau en fonction du temps pour les périodes 1985-2011 pour le premier et 1970-2010 pour le deuxième. On voit dans les deux cas une augmentation graduelle avec une variabilité interannuelle superposée.

Figure 5 : (a) température de l’air hivernale ; (b) mesures du marégraphe de Lower Escuminac.

Source : Stervinou et al, 2013