3.3.5 L’analyse coût-bénéfice et ses problèmes

Pour justifier des mesures de protection de la côte, on a souvent recours à une analyse coût-bénéfice. Ainsi, une analyse de six mesures de protection côtière aux Pays-Bas (Olsthoorn et al., 2005) démontre que les coûts annuels actualisés atteignent 571 millions d’Euros, alors que les dommages évités en cas d’augmentation du niveau de la mer seraient de 2,89 milliards d’Euros. La protection est donc très clairement un choix économique rationnel, même si certains coûts sociaux et environnementaux liés aux structures de protection devraient être inclus dans l’analyse, ce qui peut sensiblement modifier le résultat.

La même chose est vraie pour le barrage de la Tamise, qui a coûté à 1,3 milliard de livres de 2001 (Environment Agency, 2007), alors qu’une inondation majeure dans le sud-ouest de l’Angleterre (incluant Londres) coûterait 30 milliards de livres, soit 2 % du PIB du Royaume-Uni (Wallace, 2005) ou à Tokyo, qui pourrait subir des dommages de 322 milliards de dollars en cas de débordement majeur du fleuve Arakawa (Cabinet Office, Government Of Japan, 2012 dans Cooper et Matsuda, 2013), justifiant ainsi amplement les deux milliards de dollars alloués au G-Cans Project (De Graaf et Hooimeijer, 2008 ; Water Technology Net, 2012).

On pourrait donc s’étonner que le Bangladesh, dont la longueur de côte est comparable à celle des Pays-Bas et la population presque dix fois plus importante, ne protège pas ses côtes avec des ouvrages comparables. Le tableau 1 aide à comprendre ce fait. Tandis que l’analyse coût-bénéfice fournit un incitatif fort pour la protection des côtes aux Pays-Bas, il n’en est pas de même au Bangladesh, où la valeur des infrastructures et des terres est beaucoup moindre (dix fois moins pour les terres arables), alors que les coûts de protection restent sensiblement les mêmes. Cependant, la valeur monétaire ne reflète pas la valeur sociale des terres agricoles, qui assurent 63 % des emplois et garantissent l’autosuffisance alimentaire. L’analyse coût-bénéfice doit donc être appliquée avec beaucoup de précautions. Elle n’est véritablement pertinente que dans un contexte économique où tous les échanges sont soumis à un marché, ce qui n’est pas le cas de l’agriculture de subsistance ou du troc, et omet de nombreux aspects, surtout environnementaux, tels que les services écosystémiques, pour lesquels n’existe pas de marché explicite.

Tableau 1. Comparaison des Pays-Bas et du Bangladesh

  Pays-Bas Bangladesh
Longueur de la côte (km) 451 580
Population 16 407 491 144 319 628
Densité (ha/km2) 477 926
PNB per capita ($/an) * 42 779 1 909
Coût de la terre arable ($/ha)§ 30 000 3 000
Force de travail en agriculture 4 % 63 %
Nombre de téléphones/cellulaires 10 millions/12,5 millions 0,74 millions/1,4 millions
  • *Données de 2011 de World Development Indicators database, World Bank (2013)
  • §Ayres et Walter (1991) et de Nordhaus (1991)
   

Source : compilé par S. Weissenberger, 2013