3.3.4 Katrina et le principe de précaution

La catastrophe causée par l’ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans a démontré que des pays développés peuvent se révéler être très vulnérables face aux événements météorologiques extrêmes. Deux facteurs ont particulièrement contribué au bilan désastreux observé (Mancebo, 2006) :

  • Des défenses côtières inappropriées et un aménagement du territoire inadapté
  • Des institutions désorganisées, fragmentées et insuffisamment préparées à un tel événement, alors que le risque était bien connu et abondamment documenté.

La catastrophe de Katrina a également démontré que les réfugiés environnementaux ne sont pas l’apanage de pays en voie de développement, même si le terme de réfugié a été mal perçu aux États-Unis pour les habitants fuyant l’ouragan et les inondations (Masquelier, 2006). En Louisiane, au Mississippi et en Alabama, un million et demi de personnes ont fui l’ouragan ; un an plus tard, plus de 400 000 n’étaient pas encore retournés (Groen et Polivka, 2006) et en 2009, la population de La Nouvelle-Orléans atteignait 77 % de celle d’avant Katrina (City of New Orleans, 2010). Beaucoup a été dit sur l’influence de la situation socio-économique et des appartenances ethniques sur l’impact de l’ouragan et la reconstruction de La Nouvelle-Orléans, parfois à tort, parfois à raison (Adeola et Picou, 2012 ; Elliott et Pais, 2006). Ainsi, bien que la population noire ait été statistiquement plus touchée que la population blanche, il est faux de penser que les quartiers inondables étaient tous habités par une population noire défavorisée (Campanella, 2007). Au contraire, certains quartiers inondables en bord de mer sont caractérisés par un revenu moyen très élevé. Également, le déclin de la proportion de population noire est moins prononcé (de 68 % avant Katrina à 61 % en 2008) que souvent perçu et s’inscrit dans une dynamique historique complexe et variable (Bankston, 2010 ; Campanella, 2007).

Le principe de précaution dans un environnement géographique vulnérable n’a pas été respecté (Campanella, 2007 ; Yarnal, 2007). En comparant la carte des inondations de 2005 avec l’évolution de l’urbanisation de La Nouvelle-Orléans (figure 14), on constate que ce sont surtout les quartiers nouvellement créés dans des zones inondables qui ont été touchés et non les vieux quartiers comme le Quartier français. Comme à Londres, aux Pays-Bas ou dans la plaine du Cul-de-Sac d’Haïti (voir l’étude de cas correspondante), des zones vulnérables ont donc été développées, mais à la différence de Londres ou des Pays-Bas, sans maintenir un niveau de protection adéquat.  

Ces cartes montrent l’aménagement de la Nouvelle-Orléans en 1863 et aujourd’hui, avec des précisions sur les périodes d’aménagement. Sur l’image satellite de la NASA, on voit les zones inondées en 2005.

Figure 14. Gauche : Carte d’inondation de La Nouvelle-Orléans en 2005 ; Droite : carte de La Nouvelle-Orléans en 1863.

Source : NOAA