3.3.3 L’accommodement et les modèles mixtes

Malgré cette menace, la protection des 580 km de côte avec un système de digues à l’image des Pays-Bas, n’est pas envisageable compte tenu des moyens financiers limités du pays, 155e plus riche au monde avec un PIB d’environ 1900 dollars par personne par an. Le coût des 8000 km digues fluviales construites avec l’aide de la Banque Mondiale et d’autres partenaires s’élève à 10 milliards de dollars, ce qui dépasse de loin le budget annuel de l’éducation des 24 millions d’élèves et étudiants du pays (World Bank, 2000). Ces nouvelles digues, avec celles construites continuellement depuis le XIIIe siècle permettent de protéger à des niveaux variables 24 % de la superficie du pays et 39 % des terres cultivées (Banglapedia, 2006). Les digues côtières du Coastal Embankment Project (CEP) ne protègent que des marées et tempêtes ordinaires. Elles devraient être bien plus hautes qu’en Europe pour faire face aux ondes des tempêtes de cyclones d’une hauteur de 7 m, et possiblement 9 m sous un scénario de changements climatiques (World Bank, 2000). En même temps, la densité de population de plus de 1000 habitants par km2, la plus élevée au monde hormis quelques micro-États, rend le retrait extrêmement problématique en tant que solution.

Le Bangladesh s’est donc spécialisé dans l’accommodement et a développé plusieurs stratégies jugées exemplaires à l’échelle internationale (Saleemul Huq, dans Heffernan, 2012). Les stratégies d’adaptation concernent plusieurs catégories: l’utilisation du territoire, les pratiques agricoles, l’afforestation, les systèmes d’alerte et de première réponse, la création de refuges, l’éducation, entre autres.  La construction de refuges en béton sur pilotis, et sur des plateaux surélevés (figure 11) permet à la population de se mettre en sécurité en cas d’inondation. Le reste du temps, les édifices peuvent servir d’école ou de salles communautaires (Germanwatch, 2004). En parallèle, des systèmes d’alerte adaptés à un contexte de faibles moyens de communication (voir tableau 1 plus bas) ont été mis en place, mobilisant des dizaines de milliers de volontaires et des moyens techniques aussi simples et efficaces que des mégaphones, jumelés à une sensibilisation et éducation environnementale dans les écoles ou à travers des pièces de théâtre (IRIN, 2007).

Cette photo montre un abri-anticyclone en béton monté sur des pilotis en béton et placé sur une plate-forme surélevée. Un escalier permet d’y accéder.

Figure 11. Un refuge anticyclone au Bangladesh.

Source : Germanwatch, 2004.