3.3.1 Retrait forcé – Les petits États insulaires

Tuvalu s’est établi comme un symbole des conséquences des changements climatiques et de l’augmentation du niveau de la mer sur un petit pays insulaire. En effet, ce petit État, le deuxième plus petit au monde après le Vatican avec 11 000 habitants, constitués de neuf îles habitées d’origine volcanique entourées de récifs coralliens, est situé en moyenne à 1,5 mètres au-dessus de la mer et son point le plus élevé culmine à 4 mètres (figure 1). Autant dire qu’en fonction des prévisions plausibles d’augmentation du niveau de la mer, il ne subsistera plus de partie habitable d’ici la fin du XXIe siècle.  La vente de son domaine internet (.tv) a permis au pays de doubler son revenu national de quatre millions de dollars, et grâce à ce revenu, de faire des démarches auprès des Nations unies et d’autres tribunes pour faire valoir la cause des petits États insulaires (KRON-TV, 2002 ; Berzon, 2006).

 

Cette photo montre un mince cordon d’atoll au milieu de l’océan.

Figure 1. Funafuti, capitale de Tuvalu

Source : Tomoaki Inaba. http://en.wikipedia.org/wiki/File:Tuvalu_view.jpg

 

Déjà présentement, les inondations se font fréquentes et l’intrusion d’eau salée dans les aquifères menace l’approvisionnement en eau douce, nécessitant la construction d’usines de désalinisation (NAPA Tuvalu, 2007). Les habitants essayent de protéger les côtes à l’aide de barrages improvisés avec plus ou moins de succès. À long terme, le retrait s’impose comme la solution inéluctable à la progression de la mer (Lewis, 1989) et est déjà inscrit comme recours ultime dans le Programme d’Action National d’Adaptation (NAPA Tuvalu, 2007). Cette option revient à relocaliser la population dans un autre pays, par exemple la Nouvelle-Zélande ou l’Australie. Depuis 2002, un programme d’immigration (Pacific Access Category) permet à 75 Tuvaliens par an de s’installer en Nouvelle-Zélande (MINPAC, 2002).

Une telle solution est envisageable pour les 11 000 habitants de Tuvalu, elle l’est moins pour des pays insulaires plus grands comme les Maldives (328 000 habitants) ou les Seychelles (84 000 habitants). Bien sûr, les impacts sociaux, en terme d’identité nationale, de perte d’un territoire d’attache, d’histoire et de liens affectifs et structurants les réseaux sociaux et familiaux, sont dramatiques. Il est ainsi compréhensible que les petits États insulaires, regroupés sous la bannière de l’AOSIS (Alliance of Small Island States) soient les plus fortement engagés dans les négociations internationales visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Lors des négociations de Kyoto, l’AOSIS a plaidé pour une réduction de 20 % des émissions (5,2 % ont été adoptés) et lors des  négociations de Copenhague, pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 oC (le document final retient 2 oC) (AOSIS, 2013). En tout, 50 millions de personnes vivent dans des petits États insulaires en développement (UNFCCC, 2005).

Au-delà du lobbysme politique, certains petits États insulaires, en l’occurrence Tuvalu et la Micronésie ont évoqué la possibilité d’intenter des poursuites judiciaires contre les États-Unis et l’Australie, les deux pays industrialisés qui n’avaient pas ratifié le protocole de Kyoto (l’Australie l’a depuis ratifié, en revanche le Canada l’a répudié), ou contre des entreprises émettrices de CO2 (Jacobs, 2005 ; Morris, 2010). De telles considérations de droit à un dédommagement pour dommages climatiques ne manqueront pas de refaire surface lors des négociations autour du fond vert pour l’adaptation dans le cadre de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques.