3.2.1 Stratégies d’adaptation

On distingue généralement trois ou quatre principales stratégies d’adaptation : la protection, l’accommodement, la retraite et la précaution (Arlington Group et al., 2013).

  • La protection vise à protéger les habitations et les infrastructures des inondations à travers des ouvrages de protection (murs, murets, enrochements, digues, protections naturelles, etc.). C’est généralement le premier réflexe des résidents côtiers. À terme, la protection s’avère souvent couteuse, limitée dans son efficacité et a des impacts environnements et esthétiques.
  • L’accommodement est l’adaptation flexible, ce terme regroupe donc toutes les mesures de changements des manières de construction, de la gestion du territoire et des activités humaines permettant de s’adapter tout en restant à la même place. L’accommodement est spécifique au site et à l’activité concernée. Il n’existe donc que peu de solutions génériques, à part dans certains domaines comme l’architecture ou l’agriculture résiliente, où des solutions peuvent être aisément transposées d’un endroit à l’autre. L’accommodement fait fortement appel aux connaissances locales, plus que la protection.
  • La retraite s’effectue lorsque le cout de la protection est trop élevé et l’accommodement impossible. C’est souvent une étape douloureuse et n’est d’habitude adoptée qu’en dernier recours lorsque l’érosion côtière l’impose (par exemple à Shifmaref en Alaska) ou lorsque les inondations lors de tempêtes deviennent trop fréquentes (par exemple Sainte Flavie ou Sainte Luce au Québec). Comme la retraite implique une perte de valeur (valeur foncière, valeur immobilière), la question de la répartition de la perte se pose systématiquement. Elle peut être assumée par les propriétaires ou les assurances contractées par ceux-ci; dans certains cas aussi par les gouvernements (solution du buy-out).  
  • La précaution consiste à éviter l’installation de résidences, d’infrastructures ou d’activités humaines dans des zones à risque. Il s’agit donc d’un principe général et en apparence évident, mais qui n’est pas si simple à appliquer en pratique puisque l’appréciation du risque est une question complexe qui varie entre différents intervenants et différents individus. Nous y reviendrons dans certaines études de cas. Les progrès technologiques rendant la protection plus efficace ont catalysé l’établissement dans des zones à risque (plaines inondables, etc.), souvent à mauvais escient comme dans le cas de la Nouvelles-Orléans. L’occupation ou non d’un territoire dépend souvent de conflits d’intérêt marqué, les zones côtières possédant une grande valeur.

Laquelle des stratégies est adoptée dépend des circonstances locales. Une stratégie est rarement adoptée de manière exclusive dans un plan d’adaptation, on trouve généralement un mix de stratégies. Dans la partie 3.3, nous allons voir des exemples à l’échelle internationale. Les études de cas du module 4 permettront également de réfléchir sur les stratégies d’adaptation. D’autres outils seront présentés dans les études de cas. Comme nous avons vu dans la section 2.1, l’adaptation peut s’effectuer de manière réactive ou planifiée. Elle peut être implémentée par les individus, les communautés, ou les autorités à une échelle plus grande. Ces modes d’adaptation auront bien sûr un impact sur les choix de stratégies et de techniques.

Les techniques d’adaptation peuvent être réparties en plusieurs catégories (figure 1) : techniques de protection, techniques d’aménagement, techniques architecturales, instruments de planification, systèmes de réponse d’urgence, instruments de gestion et législation, etc. Il est impossible dans le contexte de ce module de formation de dresser un inventaire exhaustif de toutes les techniques d’adaptation utilisées, nous présenterons donc ici une sélection de quelques outils d’adaptation particulièrement intéressants.

Ce diagramme montre des outils d’adaptation classés dans 5 catégories.

Figure 1. Représentation schématique des catégories de techniques d’adaptation

Source : adapté de Arlington Group et al., 2013