3.2.10 Assurances

Les assurances ont le potentiel d’agir comme catalyseurs de l’adaptation si elles reflètent de manière réaliste le risque côtier. On observe dans certaines zones côtières et inondables une augmentation des primes d’assurances. C’est le cas dans la zone inondable de la Tamise (voir section 3.3) ou aux États-Unis, où les primes d’assurance ont augmenté de 40 % à la suite de l’ouragan Katrina (Stiles et Hulst, 2013). Les grandes compagnies d’assurance observent d’ores et déjà l’empreinte des changements climatiques dans l’augmentation des remboursements effectués suite à des catastrophes naturelles, qui ont augmenté considérablement au cours des dernières années et plus rapidement que pour des évènements non reliés au climat (Munich Re, 2012a, 2012b; Swiss Re, 2013) (figure 26).

Ce graphique montre le nombre de catastrophes entre 1980 et 2011. Les différents types de catastrophes sont montrés en différentes couleurs.

Termes en anglaisTermes en français
Loss events worldwide 1980-2013 Pertes liées aux évènements extrêmes dans le monde 1980-2013
Number of events Nombre d’évènements
Number Nombre
Geophysical events (Earthquake, tsunami, volcanic eruption) Évènements géophysiques (Tremblement de terre, tsunami, éruption volcanique)
Meteorological events (Tropical storm, extratropical storm, convective storm, local storm) Évènements météorologiques (tempête tropicale, tempête extra-tropicale, tempête convective)
Hydrological events (Flood, mass movement) Évènements hydrologiques (Inondation, glissement de terrain)
Climatological events (Extreme temperature, drought, forest fire) Évènements climatologiques (Température extrême, sécheresse, feux de forêt)

Figure 26. Évolution du nombre de catastrophes naturelles dans le monde entre 1980 et 2011. Rouge : évènements géophysiques (tremblements de terre, éruptions volcaniques), vert : évènements météorologiques (tempêtes, tornades, grêle), bleu : évènements hydrologiques (inondations), orange : évènements climatiques (vague de chaleur, sècheresse, vague de froid, feux de forêts).

Source : Munich Reinsurance Company, Geo Risks Research, NatCatSERVICE 2014.

Dans de nombreux pays (Royaume-Uni, Japon, Espagne, Portugal, Suisse, Israël, etc.) une assurance contre les inondations et l’érosion est nécessaire, puisqu’elle est incluse dans les assurances d’habitation et requise pour l’obtention d’une hypothèque. Dans d’autres pays, une telle assurance reste optionnelle. Les États-Unis ont instauré un programme national (National Flood Insurance Program) administré par la Federal Emergency Management Agency (FEMA) visant à augmenter la proportion de propriétés assurées en offrant des subventions pour permettre aux propriétaires de s’assurer contre les inondations et en obligeant les prêteurs régulés par l’État d’exiger une telle assurance. En effet, à défaut d’assurance privée, les risques sont assumés par des programmes d’assurance publics dont le risque est réparti sur l’ensemble de la population. Aux États-Unis, les États assument 900 milliards de $ de valeur exposée (Stiles et Hulst, 2013). En 2006, environ la moitié des propriétés côtières aux États-Unis étaient assurées contre les inondations. Les prix des polices reflètent le niveau de risque : 6410 $/an en zone de risque élevé, 1717 $/an en zone de risque modéré et 364 $/an en zone de risque faible (Eastern Research Group, 2013).

Le principe de l’assurance privée peut bien sûr être critiqué du point de vue de l’équité sociale puisqu’il restreint l’accès à la côte au segment de la population aux revenus plus élevés. Une assurance universelle est plus équitable, mais fait porter le risque que certains acteurs prennent en s’installant dans des zones à risque à l’ensemble de la population, incluant ceux qui s’installent plus loin de la côte ou plus en hauteur. Le principe d’un dédommagement automatique de l’État mène donc à une déresponsabilisation des acteurs et doit être accompagnée par un zonage plus restrictifs.

La solution du "buy-out" est un outil financier à la disposition des législations pour encourager le retrait, lorsque le risque récurrent devient important. Par exemple, dans les municipalités de Sainte-Flavie et Sainte-Luce au Québec, suite aux inondations de 2010, l’État a lancé un programme proposant d’offrir sous certaines conditions 150 000 $ de compensation à des propriétaires acceptant de déménager, de démolir entièrement leur habitation et de céder leur terrain pour un dollar symbolique à la municipalité. Une conséquence involontaire de ce programme est qu’un certain nombre de résidents ont préféré déménagé à Rimouski, la grande ville la plus proche, plutôt que de rester en milieu rural, mais sans vue ou accès direct à la mer.