3.1.4 Résilience

1) Origine et évolution du concept de résilience

La résilience est un terme incontournable des problématiques liées à l’environnement et au changement climatique. Ce terme est introduit dans la littérature écologique en 1973 par C. S Holling ; il est une manière de comprendre la capacité de systèmes dynamiques non-linéaires à répondre à une perturbation externe. Depuis cette date, de nombreuses définitions ont émergé. De nombreux auteurs définissent la résilience comme le temps nécessaire à un système pour retrouver un équilibre ou un état durable suite à une perturbation. D’autres auteurs mettent l’accent sur les conditions qui ne sont pas considérées comme des conditions d’état stable, et qui permettent qu’une perturbation critique d’assez grande amplitude puisse faire basculer un système d’un état stationnaire à un autre (Gunderson, 2000).

De manière plus concrète, voici quelques exemples classiques du passage d’un état stationnaire à un autre (souvent moins désirable du point de vue humain) : la transition des récifs de coraux vers des roches recouvertes d’algues, l’eutrophisation d’un lac. Ces deux exemples montrent une résilience limitée de ces systèmes, on observe en effet des modifications des propriétés originelles des écosystèmes, ne permettant pas à terme la pérennité du système. Ainsi, les coraux peuvent se rétablir suite à un événement de blanchissement (retour des xanthophylles dans le corail), mais une accumulation de tels épisodes, des températures ou une acidité de l’eau par trop élevées causent la mort du corail. Autre notion importante, celle d’hystérèse, reliée à celle de point de basculement. De la même manière qu’un lac, une fois devenu eutrophe, ne redevient pas oligotrophe dès que les apports de phosphore sont réduits, certains éléments du système climatique ne retrouveront pas leur état initial une fois dépassé un certain seuil (les « tipping points » ou points de basculement tels que définis par Lenton et al., 2008), même si les concentrations de CO2 étaient ramenées au niveau préindustriel, d’où la notion de changements climatiques dangereux et la volonté de limiter le réchauffement à 2o C (accord de Copenhague).

Le même raisonnement s’applique aux systèmes humains qui peuvent absorber des chocs d’une certaine ampleur, mais devant des perturbations trop fréquentes ou trop importantes, ne sont plus en mesure de réagir.

H. Gunderson (2000) distingue deux types de résilience :

  • Résilience mécanique : le temps nécessaire pour retrouver un équilibre global.
  • Résilience écologique : le nombre de perturbations auquel un écosystème peut résister sans modifier son processus d’organisation et sa structure.

N. Adger (2000) quant à lui introduit la notion de résilience sociale qu’il définit comme : « La capacité des groupes ou communautés de répondre à des stress externes et des perturbations résultant de changements sociaux, politiques et environnementaux ».

Ces dernières années, certains auteurs tentent d’aller plus loin dans la définition de la résilience en intégrant le fait qu’il ne s’agit pas seulement d’être résistant face à une perturbation, mais qu’il s’agit aussi de profiter des opportunités que ces perturbations peuvent offrir, permettant de renouveler le système et de développer de nouvelles trajectoires (Folke, 2006). Ainsi le concept de résilience socio-écologique développé par Carpenter et al. (2001, cité dans Folke, 2006), offre une perspective plus large en intégrant les paramètres suivants :

  • le nombre de perturbations qu’un système peut absorber et tout en perdurant dans le même état
  • le degré auquel le système est capable de s’auto-organiser
  • le degré pour lequel le système peut construire ou augmenter sa capacité d’apprentissage et d’adaptation.