2.6 Changements climatiques et tourisme côtier

Le tourisme est aujourd’hui considéré comme la plus importante activité économique au monde (UNWTO, 2012). Un milliard de touristes annuels garantissent des revenus d’un billion de dollars, soit 5 % du produit brut mondial, et garantissent chaque douzième emploi sur la planète. Le tourisme côtier est particulièrement prisé ; il a été une des premières formes de tourisme populaire à se développer il y a plus d’un siècle. Dans de nombreuses zones côtières, autant dans des pays en voie de développement que dans les pays industrialisés, le tourisme côtier est en pleine expansion et prend la relève d’activités traditionnelles en déclin comme la pêche, la construction navale ou l’exploitation forestière. Le tourisme côtier représente l’essentiel du tourisme dans de nombreux pays. Ainsi, dans les pays du Commonwealth des Caraïbes, les deux tiers des 77 000 chambres d’hôtel sont situés sur la côte et à la Barbade, 90 % des chambres d’hôtel sont situés à un kilomètre de la côte (Becken et Hay, 2007).

Le tourisme côtier est tributaire de l’intégrité et de la beauté des paysages et est considéré comme particulièrement vulnérable aux impacts des changements climatiques (UNWTO, 2009 ; Scott et al., 2012). Les changements climatiques menacent certains écosystèmes qui représentent des attraits majeurs pour le tourisme ; cela concerne surtout le corail, mais aussi les mangroves et les terres humides, d’importance vitale d’un point de vue ornithologique. Les ouvrages de protection contre l’érosion artificialisent les paysages, au détriment de leur qualité esthétique. Il y a donc contradiction entre la protection des infrastructures touristiques – souvent très proches de la mer – et le maintien d’un milieu propice à son développement. Le capital touristique à risque est considérable. À la Barbade, minuscule pays de 430 km2, l’infrastructure hôtelière à risque dans le cas d’un ouragan de classe 4 est de 550 millions de dollars (Becken et Hay, 2007).

L’évolution des températures pourra favoriser certaines destinations et en défavoriser d’autres (Ehmer et Heymann, 2008). Les conditions climatiques sont un facteur important pour le choix d’une destination touristique (Becken et Hay, 2007). La plupart des touristes favorisent un climat chaud, jusqu’à un certain point. Les phénomènes météorologiques extrêmes sont dommageables pour le tourisme ; pour les destinations tropicales, les risques des saisons d’ouragan sont dissuasifs pour les touristes.

L’organisation mondiale du tourisme distingue quatre catégories d’impacts des changements climatiques sur les domaines du tourisme (UNWTO, 2008, 2009) :

  1. Les impacts directs : altération des saisons de tourisme, dommages aux infrastructures touristiques, dommages aux attraits culturels, coût des mesures de préparation face aux évènements climatiques extrêmes, coût des assurances ;
  2. Les impacts indirects : dégradation des écosystèmes, perte de biodiversité, diminution de la qualité esthétique des paysages, érosion côtière, prolifération de maladies zoonotiques ;
  3. Impact des mesures de mitigation : augmentation des coûts de transport aérien et autres, coût des réductions d’émissions dans les opérations courantes ;
  4. Changements sociaux indirects : changement des conditions socio-économiques des pays hôtes se répercutant sur la stabilité politique, le niveau de vie, le niveau des services, la situation de sécurité – attrait réduit d’une destination.

Face à ces enjeux, le concept de tourisme durable a émergé dans les années 1990 (p.ex. Butler, 1993). Son but est de maintenir le capital naturel tout en garantissant le développement économique et social (Butler, 1993). Plus récemment, la considération des aspects sociaux et culturels et l’approche participative ont également été incluses dans les objectifs du tourisme durable (UNEP/UNWTO, 2005). Les changements climatiques compliquent l’opérationnalisation du concept de tourisme durable, puisque le capital naturel qui y sous-tend s’érode (littéralement) de manière accélérée et nécessite une réévaluation et adaptation constante.

L’organisation des Nations unies pour le tourisme propose tout un éventail de mesures d’adaptation du tourisme côtier aux changements climatiques (UNWTO, 2008), souvent d’ordre général et qui seront discutées plus en détail dans le module 3 :

  • Les protections douces (végétalisation, afforestation des mangroves) pour lutter contre l’érosion
  • La gestion des bassins versants et le drainage pour réduire les risques d’inondation
  • La protection et conservation des écosystèmes côtiers pour augmenter leur résilience
  • L’amélioration des standards de construction et d’emplacements pour les infrastructures touristiques
  • L’intégration des changements climatiques dans le cadre réglementaire, par exemple à travers les évaluations d’impacts environnementaux pour les infrastructures touristiques
  • L’adoption de la gestion intégrée des côtes dans la planification du développement touristique et de l’utilisation du territoire
  • La réduction de l’empreinte du tourisme sur les coraux
  • L’amélioration de la gestion de l’eau (réduction d’usage, recyclage, collecte d’eau de pluie)
  • La diversification de l’offre touristique pour réduire la vulnérabilité climatique
  • L’éducation et sensibilisation face aux changements climatiques
  • La préparation aux évènements climatiques, en collaboration avec les autorités locales