2.3.4 Le secteur de la pêche

Le secteur des pêches est important dans la plupart des zones côtières. Il assure 36 millions d’emplois dans les pays en développement et un million dans les pays industrialisés, ce à quoi s’ajoute jusqu’à trois fois le nombre d’emplois sur terre (Mills et al., 2011). La pêche artisanale occupe une place particulièrement importante, puisque 357 millions de personnes au monde en tirent leur subsistance (FAO, 2012). La pêche fournit plus de 16 % des protéines animales consommées dans le monde (FAO, 2012). La surpêche de nombreuses espèces à l’échelle mondiale a mené à des diminutions de prises importantes, voire le collapse de certaines espèces comme la morue et d’autres poissions de fond au Canada (Le Bail, 1996). À l’échelle mondiale, Myers et Worm (2003) estiment que les stocks de grands poissons prédateurs ont diminué de 90 % depuis l’époque préindustrielle. La diminution des stocks concerne tous les bassins océaniques et s’étend jusqu’aux zones profondes (Pauly et al., 2002 ; Roberts, 2002). En même temps, les espèces pêchées se trouvent de plus en plus bas sur la chaîne trophique (Pauly et al., 1996). Le secteur est ainsi en crise dans de nombreux pays, autant dans les pays industrialisés que dans les pays en voie de développement.

Les impacts des changements climatiques risquent d’exacerber la crise des pêcheries dans de nombreuses régions. Cependant, la migration vers les plus hautes latitudes de nombreuses espèces aquatiques peut apporter de nouvelles opportunités à certaines régions en même temps que nuire à des pêches établies (Cheung et al., 2010). Selon un scénario de réchauffement moyen, la migration vers les hautes latitudes atteindrait en médiane 50 km par décennie (Cheung et al., 2009). La productivité primaire pourrait être affectée autant dans sa répartition spatiale que dans la saisonnalité (Hannah et al., 2010 ; Stock et al., 2011), ce qui aurait un impact sur la distribution d’espèces commerciales et sur les routes de migration d’espèces de poissons et de mammifères marins. Dans le cas de la morue des l’Est du Canada, dont les débarquements allaient jusqu’à 100 000 tonnes par an après la guerre, l’évolution des conditions environnementales ne favorise pas le rétablissement des stocks suite aux effondrements des années 1970 et 1990 (MPO, 2005). Les évènements climatiques extrêmes plus fréquents causent des dommages matériels et humains de plus en plus important pour les pêcheurs (Cochrane et al., 2009).

Dans les pays en développement en milieu tropical, la pêche côtière artisanale est souvent pratiquée au-dessus des récifs coralliens, qui abritent une biodiversité considérable. Sur de nombreux récifs, les prises, la biodiversité et le rendement par rapport à l’effet de pêche sont présentement en déclin (Hughes et al., 2012). La surpêche mène non seulement à un épuisement des stocks nérétiques, mais aussi à une dégradation des coraux, favorisée par certaines pratiques de pêche néfastes comme le dynamitage. Cette fragilisation du corail rend les récifs plus vulnérables aux impacts des changements climatiques. La dégradation des coraux favorise aussi l’apparition de vecteurs d’ichtyosarcotoxisme comme la ciguatera produite par l’algue dinoflagellée Gambierdiscus spp qui colonise des récifs dégradés et risque de devenir plus fréquente dans un contexte de changements climatiques (Llewellyn, 2010 ; Schmidhuber et Tubiello, 2007).

Dans ce contexte, les ressources halieutiques au large des côtes sont sous-exploitées dans un certain nombre de pays comme Haïti (Piriou, 2011 ; UNESCO, 1998). La dotation en meilleurs outils (dispositifs de concentration de poisson, embarcations motorisées, équipement de pêche) et de meilleures chaînes de conservation, de distribution et de valorisation des produits de la mer permettent dans ces cas de réduire la pression sur les écosystèmes coralliens tout en maintenant et même en améliorant le niveau de vie des employés du secteur de la pêche.

La disparition et dégradation des plages, des mangroves et des marais côtiers porte également préjudice au secteur de la pêche, puisque ces milieux sont des lieux de nidification et de refuge pour de nombreuses espèces.

Le secteur de la pêche devra donc s’adapter de multiples manières aux changements climatiques. Les pêcheurs devront s’accommoder de la disparition de certaines espèces et de l’apparition de nouvelles espèces dans un territoire donné. Ils devront adapter leurs techniques de pêche de manière à réduire leur impact sur les écosystèmes vulnérables aux changements climatiques. Finalement, dans une approche de gestion intégrée, il sera essentiel de soutenir la résilience des écosystèmes clés afin de maintenir leurs services, en réduisant les facteurs de stress exogènes liés à d’autres secteurs de l’activité côtière. Le maintien de la biodiversité et la création d’aires marines protégées sont des atouts pour éviter les collapses d’autres stocks. L’aquaculture est en secteur en pleine croissance qui peut contribuer à réduire la pression sur les stocks côtiers ou pélagiques, mais qui est tout aussi vulnérable aux conditions environnementales et aux catastrophes naturelles (FAO, 2012).