2.3.3 Impacts sur les écosystèmes

Tous les écosystèmes côtiers risquent de souffrir des impacts des changements climatiques, mais certains ont une résilience plus forte, qui dépendra aussi des pressions anthropiques qui s’ajoutent aux stress naturels. Parmi les principaux impacts à anticiper :

  • Les plages sont en recul un peu partout dans le monde. Or les plages sont un habitat important pour de nombreuses espèces, comme des mollusques, des échinodermes, d’autres invertébrés, des crustacés, des oiseaux ou des tortues. Le pluvier siffleur, un petit oiseau réparti au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, qui nidifie sur des plages et est menacé d’extinction, est un exemple d’espèces dont l’avenir est mis en péril par le recul des plages. Ce recul est souvent accéléré par les ouvrages de protection érigés en amont d’elles (voir section 2.7). L’excavation de sable à l’échelle mondiale pour reconstituer de plages ou gagner de nouvelles de terres y contribue également, de sorte que plusieurs pays, dont la Malaysie, l’Indonésie, le Cambodge et la Chine, ont interdit les exportations de sable ;
  • Les 20 millions d’hectares au monde de marais côtiers et de zones intertidales sont d’une grande importance écologique, en tant qu’habitats, en tant que lieux de forte productivité biologique et en tant que filtreurs des effluents terrestres, accumulant l’azote et captant de nombreux polluants. Sur la base des prévisions d’augmentation du niveau de la mer du GIEC, leur superficie pourraient diminuer de 40 % ou plus (Craft et al., 2009). Cependant, ces écosystèmes sont dynamiques et peuvent s’adapter en migrant vers la terre ou en augmentant le taux d’accrétion de matière organique, d’autant plus que l’amplitude des marées et les apports de sédiments des bassins versants soient assez importants (Kirwan et al., 2010). Néanmoins, cette rétroaction biologique ne s’avèrera efficace pour la majorité des marais que jusqu’à des seuils de taux d’augmentation du niveau de la mer situés entre 5 mm.an-1 et 20 mm.an-1, selon les endroits, qui sont envisageables d’ici 2100 (Kirwan et al., 2010). Actuellement, l’augmentation du niveau de la mer n’est pas le plus grand danger pour les marais côtier, mais les activités humaines qui en ont fait disparaître le quart à la moitié au cours du siècle précédent (Kirwan et Megonigal, 2013) ;
  • L’augmentation du niveau de la mer place les coraux à une profondeur trop basse par rapport à leur
    optimum ;
  • L’augmentation du niveau de la mer provoque un submergement plus fréquent des mangroves et terres humides côtières et les soumet à une salinité plus importante. Les écosystèmes peuvent s’adapter en migrant plus haut sur le littoral pour autant que (1) le rythme d’élévation du niveau de la mer ne soit pas trop élevé et que (2) il existe de l’espace en arrière du trait de côte, ce qui est de moins en moins le cas à cause du développement humain. Pour les mangroves, le taux d’accumulation de tourbe leur permet de résister à des taux d’élévation du niveau de la mer situés entre 2 et 10 mm.an-1 (Alongi, 2008) ;
  • L’acidité accrue nuira aux organismes dont les tests, carapaces ou structures sont constitués de carbonate, comme les crustacés, les mollusques, les foraminifères, les coraux, etc., ainsi qu’à d’autres organismes marins dont les fonctions physiologiques ne possèdent pas de mécanismes régulateurs pour compenser l’acidité du milieu (Doney et al., 2009). La plus grande inquiétude concerne l’avenir des coraux (Anthony et al., 2008) ;
  • L’augmentation des températures de l’eau placera tous les organismes marins sous un stress qui peut mener (1) à une migration des espèces (2) une altération des écosystèmes (3) une adaptation des espèces ou des assemblages ou (4) une détérioration des écosystèmes ;
  • Les coraux sont particulièrement vulnérables à l’augmentation des températures  ; les principaux épisodes de blanchissement massifs, par exemple en 1998, 2005 ou 2010, ont été associés à des épisodes de températures de l’eau élevées (Gaskill, 2010 ; Eakin et al., 2010  ; Donner et al., 2005  ; Wilkinson and Souter, 2008). Les coraux possèdent cependant certains mécanismes d’adaptation qui peuvent retarder l’avènement des impacts négatifs (Hughes et al., 2003 ; Baker et al., 2004 ; Rowan, 2004) ;
  • Les forts vents et les vagues qui accompagnent les ouragans endommagent les palétuviers des mangroves. Leur capacité de régénération est fonction de la sévérité des dommages et des intervalles entre les ouragans. Les ouragans peuvent accélérer la dégradation des tourbes et ainsi rendre les mangroves plus vulnérables à l’augmentation du niveau de la mer (Cahoon et al., 2003) ;
  • La sédimentation provoquée par les précipitations extrêmes lors de tempêtes et ouragans recouvre les coraux et inhibe la photosynthèse (Riegle et al., 2009). En cas de sédimentation trop importante ou trop fréquente, le corail meurt et devient colonisé par des algues. La sédimentation résultant de la construction de route ou de bâtiments a le même effet (O’Farrell, 2005). Les mangroves représentent une barrière de protection contre la sédimentation. Leur dégradation nuit donc indirectement au corail. C’est un cas de figure fréquent lors du développement côtier qui mène souvent au remblayage de mangroves et à une sédimentation élevée due aux activités de construction.

La valeur des services écosystémiques en péril suite aux effets des changements climatiques est considérable. Par exemple, les mangroves (Danielson et al, 2005 ; Dahdouh-Guebas, 2005 ; Kathiresan et Rajendran, 2005 ; Alongi, 2008 ; Yanagisawa et al., 2009) ainsi que les coraux (Fernando et al., 2005 ; Chatenoux et Peduzzi, 2005) jouent un rôle de protection contre les ondes de tempêtes ou de tsunamis. Dans le delta du Mississippi, la valeur totale des services écosystémiques a été évaluée à 12 – 47 milliards de dollars, résultant de la protection des aquifères, du maintien de la qualité de l’eau, d’habitat pour les espèces commerciales et non commerciales, du stockage de carbone, de la valeur récréative et de la protection des côtes (Bakter et al., 2010).