Activités pédagogiques


Daléa et la place personnelle spéciale par Diane Pruneau, professeure

Il était une fois un jeune enfant amérindien qui s'appelait Daléa. Il avait 9 ans et il habitait seul avec son père Sicos, dans la réserve de Big Cove, au Nouveau- Brunswick. Comme tous les enfants de son âge, Daléa allait à 1'école. II y réussissait bien. Hé1as, il n'aimait pas beaucoup 1'école car les enfants le taquinaient trop souvent à cause de sa petite taille. En effet, Daléa était plus petit que les enfants de son âge. C'était comme s'il avait oublié de grandir. Et cela lui causait de nombreux problèmes: un enseignant qui veut l'envoyer dans la cour des maternelles, le costume de 1'équipe de gymnastique trop grand pour lui, la difficulté à suivre ses amis à la course ou à bicyclette... Pour toutes ces raisons, Daléa préférait aller dans le bois avec son père, plutôt que d'aller à 1'école.

Souvent, le samedi, Sicos 1'emmenait à la chasse. Après avoir attrapé un ou deux lièvres, Sicos et Daléa s'arrêtaient toujours au même endroit pour dîner: une sorte de cabane naturelle entre deux grands arbres. Dans ce refuge, ils étaient à l'abri de la pluie et du vent. Après le dîner, Sicos lui racontait toujours une histoire arnérindienne: à propos des êtres debout (les arbres), des êtres pierres ou de leur mère, la terre. Un certain samedi de mai, Sicos se tourna vers son fils et lui dit: "Maintenant tu as 9 ans. Je vais te dire un secret". Daléa, qui aimait les secrets, approcha son oreille. "Ici, Daléa, c'est ma place personnelle spéciale! Je viens ici depuis que je suis tout petit. Je viens quand je suis triste ou nerveux, quand j'ai peur ou quand je veux rêver. Je suis venu ici avec ta mère quand nous étions amoureux. C'est ma place à moi. C'est 1'endroit où je me sens lié à la terre, selon la croyance de notre peuple. J'ai trouvé cette place quand j'avais 8 ans. Toi aussi un jour, tu auras une place personnelle spéciale, bien à toi".

Daléa ne dit pas un mot. Il était un petit garçon amérindien qui allait à 1'école avec des blancs. Et les blancs ne croyaient pas toutes ces 1égendes amérindiennes. Alors, parfois, il ne savait plus quoi penser. Toutefois, il était intrigué par cette histoire de place spéciale. Ainsi, un autre samedi, il demanda à son père: "Comment vais-je faire pour la trouver, cette place personnelle spéciale?" Sicos le regarda avec confiance et lui dit: "Un jour. quand le temps sera venu, tu te promèneras dans la nature et tu ressentiras une attirance soudaine pour un endroit particulier: un point sur le sol, un coin de plage ou une cachette dans la foret... Suis ton intuition et marche vers cet endroit. Assieds-toi tranquille et ne bouge pas. Tu vas voir... Au bout de 5 à 10 minutes, la vie va reprendre autour de toi: les animaux et les plantes vont se remettre en mouvement, sans tenir compte de ta présence. Tu vas être bien et tu vas ressentir une sorte d'énergie qui monte en dedans de toi. Par la suite, tu retourneras souvent à ce lieu et tu y retrouveras toujours cette sensation bienfaisante."

Daléa était perplexe. Allait-il croire toute cette histoire? Peut-être! Poussé par la curiosité, il décida d'essayer 1'expérience. À 10 reprises exactement, il alla se promener dans la nature mais en vain... Jamais il ne réussissait à ressentir la sensation promise par Sicos.

A 10 ans, il avait presque oublié cette histoire lorsqu'il lui arriva une aventure incroyable. C'était durant une sortie en forêt avec sa classe. Les enfants s'étaient rendus en autobus dans une forêt éloignée, près d'un camp de bûcheron. La sortie avait pour thème "Les champignons". Les enfants, placés en équipes de six, étaient regroupés avec des adultes accompagnateurs et leur travail consistait à retrouver des spécimens de champignons. Daléa était à côté d'une petite amérindienne nommée Viréa. Celle-ci n'était pas peureuse du tout et elle se déplaçait très vite sur la colline en criant: "Regarde, Daléa, c'est plein de polypores soufrés par ici, un paquet sur chaque arbre..." Daléa qui n'aimait pas vraiment cette fille mais qui ne voulait pas qu'elle se perde lui criait: "Viréa, reviens par ici... Tu vas t'égarer..." Viréa ne 1'écoutait pas et elle s'é1oignait de plus en plus du groupe suivie de Daléa... jusqu'à ce que: "Oh! Daléa!" 0ù est l'accompagnateur ? Nous sommes perdus! " Hélas, oui !" Les deux enfants étaient maintenant trop loin et ils ne savaient plus de quel côté se diriger pour retrouver leur groupe. Et voici qu'en plus, Viréa se mettait à pleurer...

Daléa la prit par la main et ensembles, ils tentèrent de retrouver leur chemin. Mais de quel côté aller? Tout ce bois, ces arbres, ces fougères! C'était pareil de tous les côtés. Ils marchèrent en silence vers 1'est, puis vers l'ouest et un peu vers le nord. Mais rien! Aucun signe du camp de bûcheron, aucun son humain. Rien que des arbres, toujours des arbres et cela jusqu'à ce que la lumiére commence à diminuer dans le ciel.

Daléa était fatigué et désespéré. Viréa boudait, accroupie sous un grand chêne. Daléa regardait des quatre côtés pour trouver une piste lorsque, soudain, son regard se tourna vers un gros rocher, à sa droite. Sans savoir pourquoi, il ressentait une folle envie d'aller s'asseoir sur cette grosse roche. Il y monta et il se rappela le message de son pére: "Assieds-toi tranquille et attends..." Cest ce qu'il fit pendant à peu près 10 minutes. Tout à coup, il se sentit mieux, plus calme... Une petite souris s'amusait près du rocher et il prit rmême le temps de l'observer. Et aussi une grive des bois qui chantait près du ciel et une araignée qui transportait sa famille... Cest alors qu'il lui vint une idée: "Viréa, je me rappelle! Les polypores soufrés sur les arbres. Il faut suivre les arbres pleins de polypores. Il y en a 6 de suite et ils ressemblent à des personnages de l'Halloween. Il faut retrouver ces arbres et les suivre. Ils vont nous mener au camp." Viréa: "Je sais où ils sont! On les a vus tout à l'heure. Viens!"

C'est ainsi que les deux enfants retrouvèrent leur chemin. Les sauveteurs qui les cherchaient furent bien surpris de les voir redescendre la colline. Sicos qui avait été appelé par l'enseignante attendait lui aussi, près du camp de bûcheron. Alors qu'il serrait son enfant contre son coeur, il entendit Daléa lui dire: "Papa, j'ai trouvé ma place personnelle spéciale. Elle est ici. Samedi prochain, vas-tu me ramener pour que je puisse te la montrer?" Le père de Daléa était trop heureux pour gronder son enfant ou pour refuser sa demande.

C'est ainsi qu'à partir de ce moment-là, Daléa aussi se rendit de temps en temps à sa place personnelle spéciale. On raconte à ce sujet toutes sortes d'histoires invraisemblables. Il paraît qu'à partir de ce moment-là, Daléa se remit à grandir et qu'il rattrapa la taille de ses camarades. On dit aussi qu'à l'âge adulte, il se construisit une maison près de sa place personnelle spéciale et qu'il y habita avec sa femme Viréa.

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Par Diane Pruneau, B.A., M.A., Ph.D. (Université Laval)
Professeure Département d'enseignement au primaire et de psychologie éducationnelle



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