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Question 9 : Qu’est ce qui vous inspire en tant que créateur ?

Transcription


Ce qui m’inspire, c’est beaucoup de choses. Des fois ça peut être une couleur. J’ai fait une exposition à un moment donné sur une couleur qui était la couleur outremer que j’aime beaucoup, qui est la couleur du bleu de l’eau en automne. Je trouve c’est toujours comme y’a un bleu extrêmement dramatique, mais aussi très fort en même temps. Donc ça, ça m’a inspiré. D’autres choses qui m’ont inspiré sont, par exemple, les reproductions. J’ai toujours été fasciné par ça comme les reproductions dans le dictionnaire. Une autre chose aussi c’est les instructions idiotes qu’on peut avoir: comment mettre un meuble ensemble ou des choses comme ça. J’ai toujours trouvé ça intéressant, souvent c’est du vernaculaire, c’est-à-dire des choses qui proviennent de la culture populaire. Ça, ça m’inspire beaucoup, comme les découpes, par exemple, en contre-plaqué que les gens font. À un moment donné j’ai commencé à incorporer ça dans mes œuvres, un peu comme des animaux en plywood ou des choses de même. J’pense que à un moment donné, j’ai fait de longues études en art, et je me suis rendu compte que tout ce que j’faisais ressemblait à quelqu’un, ressemblait à quelque chose. J’faisais une œuvre j’disais, Ah ça ressemble à Mirò. Ou j’faisais quelque chose, j’disais, Ah, Marcel Duchamp a déjà fait ça. Alors à un moment donné j’me suis dit, mais moi au moment où j’étais enfant, j’ai vu, j’ai connu des expériences esthétiques qui étaient intéressantes. Comme le voisin à côté de chez nous, par exemple, avait décidé une année qu’y faisait des animaux en plywood découpé. Bien quand j’ai vu ça, pour moi, c’était comme Michel-Ange. Parce que t’es enfant t’as jamais rien vu, tu regardes ça tu dis, c’est absolument fantastique, parce qu’il est arrivé à créer ça de rien; à partir d’une feuille de plywood, y’a faite un animal. Alors j’trouvais que ça, c’est une expérience esthétique, c’est-à-dire c’est un moment dans ma vie où je m’suis dit, c’est vraiment beau. L’esthétique, ce qu’on fait aussi en art, c’est la beauté, ça nous préoccupe. Quoique la beauté, c’est pas une forme de perfection, parce que j’pense que ce qui est fascinant par rapport à la beauté c’est le fait que c’est connecté à la vérité. Comme la femme qui pleure de Picasso c’est pas une belle peinture, mais c’est une peinture qui est vraie. Alors dans ce sens-là, j’trouvais que cette œuvre-là qu’il avait fait, qui étaient les animaux en plywood découpés, pour moi j’trouvais que y’avait une sincérité. Et c’est ce qui m’a toujours touché dans l’art populaire, c’est la sincérité que les gens mettent à faire une œuvre. Alors ça c’est quelque chose qui m’inspire beaucoup.