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Question 16 : Pensez-vous que l’artiste a un rôle particulier à jouer dans la société? Si oui, quel est-il ?

Transcription


Yvon Gallant, un de mes amis et collègue dans la profession, on parlait l’autre fois et on a dit une chose. On s’est entendus sur une chose, le principe que Picasso disait que faut que l’artiste se ferme la trappe, Matisse aussi disait la même chose. Le rôle de l’artiste c’est de se fermer la trappe pis de faire ses œuvres. Le but ultime de la vie c’est de faire que l’art soit possible. Moi je vis avec ce dicton-là dans la tête depuis avant l’âge de raison aller jusqu’au jour de ma mort. On se rappelle que le but, l’unique but de la vie c’est de faire que l’art soit possible. Alors j’vais pas vaciller moi de ça, j’ai c’te formule-là, si tu peux appeler ça une formule ou un dicton, ou un proverbe. Alors, toute quoi-ce que j’fais, toute qu’est-ce que j’vis, qu’est-ce que j’pense, qu’est-ce que j’ressens vis-à-vis mon environnement et le temps dans lequel je vis, est basé sur ce principe de base-là. C’est le fondamental de qui j’suis. Alors c’est pas de dire: Est-ce qu’on a un rôle dans la société ? J’pense que c’est la société à déterminer son propre rôle vis-à-vis ça. Tu sais, j’veux dire, ça se situe à différents niveaux, à différentes échelles. On peut dire: Bon, en Amérique du Nord c’est où-ce que c’est que l’art se passe, on peut dire, bien, peut-être la côte Ouest, peut-être la côte Est. Peut-être dans le milieu des États-Unis y’a peut-être rien qui se passe là. Peut-être que le Canada est moins bon que les États, peut-être que le pôle nord est moins bon que le restant du Canada. Y’a toujours des hiérarchies à établir, pis c’est pas les artistes à les faire ces hiérarchies-là. On les a déjà nous autres vis-à-vis notre oeuvre pis nos images. C’est à la société, en fait, de se démêler ou pas vis-à-vis cette situation-là. La société va parler aussi de nos artistes, de nos chanteurs, de nos poètes, comme si qu’on est des possessions, qui appartient à la population. Mais par contre y vont nous imposer une certaine identité, une certaine originalité. Faut être unique. Alors t’as cette espèce de paradoxe-là: Est-ce qu’on appartient à tout le monde ou est-ce qu’on est juste une entité tout seul dans un océan de faces qui nous regardent ? C’est toujours une question que les artistes doivent se poser. Mais, en même temps, pas traîner là-dessus plus qu’y faut. Y’a toujours un travail à faire: le but ultime de la vie c’est de faire que l’art soit possible. Par art aussi faut comprendre que tu parles d’un objet qui est tangible, c’est quelque chose qui se touche, qui se voit, qui se mesure, qui se pèse. Tu peux le serrer, tu peux le détruire, tu peux faire bien de choses avec là. Y’a beaucoup de possibilités qui s’imposent à ce moment-là. Alors, elle est là la responsabilité de l’artiste, c’est vis-à-vis le fait de pouvoir avoir un objet tangible, mais le rôle de l’artiste une fois que ça c’est fait là, bien là ça devient, comme qu’y disent en anglais «expendable»: que l’artiste soit là ou pas, ç’a peut-être moins d’importance. J’trouve que le public aussi y vont confondre entre qu’est-ce qu’on appelle en anglais «artist» pis «entertainer», qui veut dire que tu peux être «artiste» ou «artist» pis c’est pas la même chose. Y’a un certain segment disons de gens qui sont dans la profession des arts qui sont là pour divertir les gens. Pis j’pense pas que c’est le rôle des artistes visuels là comme tels, ça c’est quelque chose que la société dit: Hé, nous autres on veut avoir accès à ça pis on veut voir ça pis on a le droit de savoir qu’est-ce qui se passe autour de nous autres, pis de voir qu’est-ce que ces gens-là sont en train de faire pour «améliorer» nos vies. Mais y reste quand même que moi si j’fais une œuvre, ça demeure ma propriété, c’est quand même un acte personnel où est-ce que moi j’fais un objet qui demeure ma propriété privée à moins que j’sois commissionné, ça c’est une autre histoire là. Mais si que j’fais une œuvre ça demeure ma propriété, j’ai le droit d’en disposer comme bon me semble. Les artistes peuvent se donner comme but de dire: Bon, bien moi j’veux que les gens, que le public voient mon travail. Le plus de gens qui vont voir mon travail le mieux que ça va être pour moi. Ou j’peux dire aussi: J’veux faire des œuvres ou j’veux faire un tel travail, mais j’veux juste que des telles personnes le voient parce que l’opinion de ces gens-là est plus importante. Ça peut être discriminatoire ou un peu un attitude d’exclusivité qui prendra place à ce moment-là donné. Différents artistes pensent de différentes façons, vis-à-vis le public autour d’eux, mais aussi vis-à-vis leurs œuvres. Alors c’est à chacun de déterminer qu’est-ce que lui ou elle a à faire, veut faire et de le faire et pas de «changeotter» à toutes les cinq secondes pour essayer de plaire à un public. J’pense pas que c’est ça la fonction des artistes moi.