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Question 8 : Comment abordez-vous la création d’une nouvelle œuvre ? Avez-vous une méthode ou une manière de faire précise ?

Transcription


Quand j’commence une œuvre c’est très spécifique, j’ai un procédé. Très jeune quand j’étais étudiant, j’avais déjà des règles que je me mettais quand j’faisais une œuvre ou une série d’œuvres. Parce que souvent j’travaillais en série, une séquence d’œuvres. À ce moment-là y fallait qui ait, y’avait des règles du jeu. Plus tard un peu, vers les années 85 à peu près, j’ai commencé à être plus conscient. En regardant en arrière, ça faisait déjà 5-6 ans que j’produisais et là j’ai vu que ces règles-là étaient très importantes et comment j’pouvais les contrôler. J’ai développé un procédé qui évitait la feuille blanche, l’idée: Bien, qu’est-ce que j’produis. Et cette façon de faire des œuvres est souvent très insécurisant pour moi. Au départ, j’établis des règles. Souvent ces règles-là ont pour origine des mots. Donc j’prends des mots je les mets dans des fichiers, dans des bibliothèques, ça me donne des livres, ces livres-là me donnent des images; et dans les règles, c’est que j’dois travailler autour de certains mots. Y’a toujours deux facteurs importants: le premier facteur c’est le hasard, le hasard joue un rôle important donc si j’mets un mot dans un fichier, bien ce mot-là m’amène des livres mais y’a un jeu de hasard, de comment que j’vais arriver à tomber sur tel livre plutôt qu’un autre. Et ensuite y’a je dirais la partie plus génétique qui est moins le hasard mais plus le bagage. C’est-à-dire pourquoi une image plutôt qu’une autre. Y’a une raison, j’ai l’impression, quand j’choisis l’image. Et ensuite c’est la partie j’dirais d’instabilité, où j’suis en train de faire une œuvre et j’ai aucune idée, ou très peu d’idées, j’ai une intuition, mais j’ai très peu d’idées claires de où ça s’en va cette œuvre-là. J’dirais ça fait partie un peu de l’existence. On fait un enfant ça se passe un peu comme ça. On a des gènes c’est-à-dire qu’on a un bagage décidé, on a un partenaire, une partenaire qui va mélanger ces gènes-là mais on n’a pas trop d’idée: on a beaucoup d’insécurité face à cette création d’un enfant mais, moi j’pense que mon œuvre se fait un peu de la même manière. C’est-à-dire que je mets des prémisses bon, je choisis des choses comme on choisit une partenaire et ensuite y’a le jeu du hasard et y’a aussi le jeu de la destinée ou le jeu de la génétique, si on veut. Y’a des choses qui sont dans moi qui vont sortir à travers de cette œuvre-là. Et là ça commence à être excitant. Ça prend un certain temps avant que j’aie une idée claire de qu’est-ce que cette œuvre-là, de quoi je traite exactement; ça se définit toujours par après.