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Question 18 : Quel est le but de votre création ?

Transcription


Plus j’travaille, moins que j’essaie d’atteindre des buts de grands rêves, mais une certaine sérénité, un plaisir. J’crois je réalise maintenant que rentrer dans l’atelier c’est une façon de passer des heures agréables, de réfléchir sur la société, réfléchir sur pourquoi on existe, nous, comme individus et cette société à côté. C’est une façon de le faire, une façon agréable. Donc j’pense que en vieillissant, en produisant plus de façon sereine, en essayant de dire non aux choses que j’ai pas envie de faire dans mon travail et de dire oui à chaque fois que j’ai envie d’être dans l’atelier, de dire si c’est ça, si c’est vraiment le plaisir, bien vas-y, va travailler dans l’atelier, c’est là qu’est le moment important. Donc je sais dans les dernières années j’ai refusé beaucoup d’expositions, des occasions de même, parce que je ne veux pas stresser sur la création. Je ne veux pas dire: Ok j’me «book» une expo, je vais faire tout ce que j’peux pour arriver à cette échéance-là, au détriment d’être une genre de machine qui doit produire. Et dire: Bien si mon rythme de production est tel, si ça me prend une semaine à creuser ce bois et si pendant cette semaine que j’creuse ce bois-là j’ai du plaisir à le faire, bien c’est ça le cheminement que je devrais faire. J’essaie de me le dire: bon bien y’a pas de loi de dire un artiste c’est ceci, un artiste doit faire ceci, un artiste doit… J’pense que l’artiste doit s’écouter et dire: Peut-être que c’est ça qu’est important. J’ai vu une artiste, Lygia Selman, qui produisait une œuvre. Elle peignait le firmament, une partie du firmament. Elle a pris des années j’crois à faire ce tableau du firmament. Chaque étoile était représentée, travaillée minutieusement et elle retravaillait cette étoile dans le firmament. Un tableau tout petit mesurant moins de quelques pieds, à peu près un pied quelques pouces de long. J’me disais comment qu’elle fait pour travailler pendant un an ? Mais si a l’a ce plaisir… Elle a dit quand je recrée ce firmament, y’a toujours une étoile que je m’aperçois qui n’avait pas été bien traitée. Donc, aujourd’hui, j’aime rentrer dans mon atelier avec un peu cette philosophie: Dire bien, si cette œuvre-là me prend tout ce temps, c’est pas important d’en avoir dix à la fin de l’année, c’est important d’en avoir une qui m’a rendu heureux et que j’suis satisfait avec le résultat.