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Question 11 : Quels sont les artistes ou les styles artistiques qui vous influencent ? Comment cela se traduit-il concrètement ?

Transcription


Les artistes qui m’ont influencés énormément au départ ça été lorsque j’étais à Paris dans les années 1960 où j’ai vu Soulages, des grands tableaux immenses de Soulages c’est-à-dire des grands traits noirs traverser des surfaces blanches. J’ai été vraiment très étonné, j’étais renversé par cette idée qu’un artiste peintre puisse faire ce genre de tableau-là parce que dans la tradition c’était toujours une image, c’était toujours un paysage ou un portrait ou une nature morte et ici c’était seulement un trait de peinture. Ça ça m’a influencé énormément au niveau du concept peinture. Et après ça dans les années 1950, Rauschenberg qui avait fait des installations ou y’appelait ça les combines, un tableau sous le plancher avec une chèvre planté dessus avec un pneu autour de la chèvre et un peu de peinture sur le nez de la chèvre, c’est comme si ce peintre-là me donnait la permission de dépasser l’idée de seulement la peinture, que le tableau pouvait être du trois dimensions et on pouvait mettre ce qu’on voulait dedans. Donc ça ça été une influence très importante. Cy Twombly avec ses graffitis et ses grands gestuels à l’enfant mais d’une façon tellement élégante pendant des séries et des séries et des années de travail y’a toujours employé ce même petit graphique. J’trouvais ça d’une élégance, c’est comme du ballet, hein, je trouvais ça d’une élégance incroyable qui me donnait aussi la permission de faire mes graffitis ou mes dessins abstraits sur mes tableaux, ce sont des peintres qui me donnaient la permission de faire autres choses que tremper un pinceau dans la peinture et aller barbouiller une surface et quelqu’un qui donnait la permission de prendre un crayon et de faire des barbeaux comme je les faisais quand j’étais petit, que toute la tradition de l’enfance, par exemple, pouvait être, pouvait être admise dans la construction d’un tableau. Tous les graffitis aussi tous les signes qu’on emploie. Antoni Tàpies c’est un, le plus grand peintre de la matière qui existe donc lui du sable du gravier sur ses tableaux, des grandes surfaces avec de la cire d’abeille, des trucs comme ça c’est aussi un peintre qui me donnait la permission d’employer d’autres matériaux, c’est pour ça que je trouvais ça intéressant. Et le lien qui était créé avec eux c’était beaucoup plus un lien de, comme un lien de gratitude en leur disant c’est bien que vous me donnez la permission d’employer ces matériaux-là parce que vous l’avez fait avant moi. Ils devenaient comme, comme, tu sais on parle souvent des anges gardiens hein, c’est comme les anges gardiens qui sont à côté de moi qui me donnent la permission de faire lorsque j’suis en train de concevoir disons une démarche, j’sais pas une série de tableaux qui sont tous là qui me disent oui tu peux faire ça, t’as le droit de faire ça. C’est beaucoup plus dans ce sens-là que j’ai beaucoup d’admiration et du respect pour eux par ce lien très émotionnel que j’ai avec eux parce qu’ils ont fait un travail qui me permet de faire aussi des parties de leurs travaux ou d’employer ce genre de matériaux-là et Anselme Kiefer aussi qui, qui écrase j’sais pas sur des tableaux immenses que j’ai vus à Bilbao ou au musée Guggenheim, des tableaux qui font 20 pieds par 20 pieds où y doit y avoir à peu près 3 pouces d’épaisseur de branches, de feuilles qui sont tissées avec de la broche d’acier à travers la toile parce qui travaille sur la toile aussi j’ai remarqué au lieu de travailler sur des panneaux de bois et tout ça, j’ai trouvé ça aussi étonnant, c’est très étonnant de voir quelqu’un qui a une très grande culture employer des matériaux ordinaires, tu sais des branches d’arbres dans des tableaux qui sont dans des grands musées du monde, c’est une poésie incroyable, ça m’étonne beaucoup et ça me donne la permission d’employer des matériaux… parce qu’on est très craintifs venant d’une petite culture comme l’Acadie, on est très craintifs à faire des choses qui n’ont pas été acceptées dans notre culture à nous parce que j’ai pas vécu avec des peintres dans mes ateliers pendant ma vie parce y’en avait pas, y’en avait un peu à Montréal, par exemple, mais travailler dans des grands ateliers comme les ateliers de Kiefer qui sont des anciens châteaux immenses dans lequel y fait la photographie dans une très grande atelier et dans un autre atelier y fait la peinture et dans un autre atelier y fait sculpture. C’est pas dans nos habitudes de travailler de cette façon-là ici donc pour moi c’était comme une possibilité incroyable au niveau de la création, ces gens-là m’influencent énormément seulement par le fait qu’ils ont la capacité de pouvoir faire ça, hein, c’est comme écouter Bach là, Bach dans sa musique a donné la permission au monde de faire ce genre de musique-là ou ce genre de séquences musicales-là qui nous changent encore maintenant au niveau de, de sa construction que j’dirais intellectuelle, qui me plaît énormément et qui me donne aussi des permissions au niveau de la création. Tous les peintres m’ont influencé. Du monde entier y’a… partout, j’suis intéressé par tout ce qui se fait dans le monde au niveau de la création et évidemment la vie m’influence parce que j’suis en plein dans la vie tout le temps. Non mais c’est principalement les artistes qui m’influencent, les peintres surtout et les musiciens et les poètes.