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Question 7 : Avez-vous développé une technique particulière dans l’utilisation de ces médiums ? Si oui, quelle est-elle ?

Transcription


C’est de tous les questions c’est celle-là qui me fait réfléchir le plus parce que dernièrement j’ai été une bonne période où j’ai pas eu de studio. Alors mon travail était un peu sporadique, c’était plutôt: Ah une exposition de groupe, j’suis bien obligé de faire quelque chose. Une chance aux expositions de groupe maudit parce que sans ça j’aurais pas travaillé du tout probablement. Mais là j’ai mon studio, un super studio, j’suis tellement content de retrouver l’œuvre. Mais maintenant c’est comme si je recommence de nouveau et j’essaie de comprendre un petit peu mon processus. Alors la question, vient un temps… ou la question est critique à réfléchir et de donner une réponse. Si j’étais pour décrire mon processus, tout de suite, c’est pas la même description que j’aurais donné y’a cinq ans. Y’a cinq ans j’nommerais des philosophes souvent, pis j’ferais du «heart speak» un peu, mais maintenant j’me vois comme collectionneur. Quand j’pense à mon travail c’est toujours comme ça que mon travail a fonctionné. J’suis obsédé de photographier, j’photographie constamment. J’ai toujours eu un règlement à suivre c’était de produire un film par semaine, point final, avant le lundi matin. Le dimanche soir, j’mettais le film dans la caméra pis j’partais marcher mon chien pis j’étais obligé de faire mon film dans 10-15 minutes, mais le film se faisait. Le résultat c’est que j’ai réalisé que ce que j’aimais de faire c’est tout simplement de collectionner les échantillons et faire une collection autant aveuglément possible. Pas au niveau de la composition parce que j’adore faire des belles compositions, mais aveuglément au sens où j’démocratisais complètement les sujets. Une crotte de chien et un billet de 1000 y’a pas de différence pour le photographe, pour moi. Alors c’était démocratique parfaitement et là, naturellement, après un bout de temps on commence à avoir des boîtes pleines de photos. J’ai commencé à passer par mes boîtes de photos, à faire des assemblages. Peut pas faire autre, c’est moi qui a toute fait les photos, on a toujours plus ou moins la même humeur qui nous passe dans la tête. Parfois on est plus contents, des fois moins contents, mais la base est toujours probablement assez similaire. Alors la photo que j’ai fait des billets de 1000, la photo que j’ai fait de la crotte de chien, y’a de quoi de commun entre ces deux choses-là. J’trouve que ça que j’aime à faire avec mon travail c’est de trouver deux photos que je veux ensemble. Maintenant y faut que je remplisse l’espace entre les deux pis c’est ça qu’est mon processus, c’est de remplir les espaces entre deux choses. Alors d’habitude c’est soit une contradiction que je cherche à éclaircir ou illuminer, ou ça serait une métaphore que j’trouve intéressante ou drôle. Quand on me demande pourquoi j’fais de l’art, la réponse est presque toujours parce que j’peux pas écrire. Alors, j’cherche des mécanismes d’écrivain, des mécanismes pour être capable de créer des séquences d’images. J’veux qu’y fonctionnent comme de la poésie. En poésie on se permet de comparer des cheveux au côté d’un navire, mais pour une raison ou une autre, si j’prends une photo d’une belle tête de cheveux et un beau côté de navire pis j’mets les deux photos une à côté de l’autre, les gens vont être «Pourquoi ?» Pourtant on questionne pas le poète on dit: Ok le poète a faite ça, qu’est-ce que ça veut dire? Alors j’cherche vraiment à créer des séquences de photographie où les gens vont arrêter de demander pourquoi et tout simplement d’accepter. Y crée cette série de comparaisons et maintenant c’est à moi de faire un peu de travail, de voir c’est quoi le voyage que l’auteur cherche à me faire faire. Alors, vraiment j’fais de la poésie, j’trouve que ma démarche, au niveau de ma recherche, est presque exclusivement littéraire. Pour un artiste j’aime vraiment pas beaucoup l’art, mais ça c’est probablement un peu de la jalousie, de la compétition. Quand j’vois comment populaire qu’est quelqu’un comme Matthew Barney où c’te gang-là, ça me «piss off» pis ça m’insulte parce que j’dis le travail est vraiment pas si bon que ça, j’fais du meilleur travail que ça. Y’a cette jalousie-là alors j’veux pas faire partie de ça. Alors j’vais me traiter d’auteur, c’est beaucoup plus facile. Ma démarche prend ce chemin-là parce que c’est une place qui est confortable pour moi à travailler. J’adore la lecture, ç’a toujours été quelque chose que j’aimais, mais j’ai jamais pu: le circuit entre l’idée et ma main d’écriture s’est jamais fait. Je la pratique, j’écris dans mon journal: non c’est pas là, alors la photographie est devenue ça. Mon cheminement devient vraiment le cheminement de l’être littéraire dans le sens que c’est de la recherche et de l’observation, c’est tout simplement être dans un environnement et essayer de vraiment comprendre comment que je m’insère dans cet environnement-là. Est-ce que j’suis un observateur détaché, est-ce que j’fais partie de l’action ? Ensuite de décrire ces choses-là avec des photographies. Pas nécessairement de photographier l’activité, ça deviendrait plutôt superficiel, prétentieux vraiment, mais de prendre les photographies que j’crée dans ces esprits-là et d’ensuite de les regarder de nouveau. Alors autant qui y’a 10-15 ans, dans les temps que j’étais étudiant, que j’étais vraiment acharné, que j’avais une idée, un concept et ensuite je m’en allais dans les livres, j’faisais ma recherche, j’regardais: ok, les symboles fonctionnent de cette façon-là. Maintenant j’me laisse beaucoup plus travailler au niveau d’intuition. C’est quelque chose j’suis pas très confortable à dire ouvertement simplement parce que j’enseigne les arts visuels et quand un étudiant qui m’arrive me dire qu’y travaille par intuition je lui dis: Travaille un petit peu plus fort que ça. J’ai toujours peur que j’suis en train de faire la chose facile, alors j’suis toujours en train d’essayer de me lancer le défi, de pas me rendre la vie facile. Parce que c’est facile de travailler par intuition, on est toute des génies. C’est une question de confiance. Une fois qu’on a la confiance bien là on peut être le génie qu’on veut. J’veux que ça soit toujours du travail, j’veux que ça me donne toujours un défi alors c’est toujours la ligne que j’travaille avec, alors si que ça c’est une démarche, ok.