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Question 6 : Avez-vous utilisé différents médiums ? Si oui, pourquoi avez-vous choisi de vous spécialiser dans ceux que vous utilisez présentement ?

Transcription


J’étais obligé de faire de la gravure, all right ? Encore une fois, arrivant à l’Université de Moncton, aucune conception de qu’est-ce qu’était l’art, j’ai jamais fait de cours d’art à l’école, rien de ça du tout du tout. J’étais complètement complètement complètement innocent, j’avais pas une «clue». Faudra parler de la première fois que j’ai rentré à la Galerie Sans Nom. J’avais pas d’idée qu’est-ce qu’était l’art, j’savais pas dans quoi je m’embarquais. J'voulais faire de la photo. Alors dès le début, je m’ai considéré photographe et n’importe quel autre médium que j’ai travaillé avec, que j’ai touché, que j’ai expérimenté avec, c’était toujours avec une imagination que j’considère comme étant l’imagination d’un photographe. J’ai tâté d’autres médiums, mais comme photographe. Ça c’est seulement quelque chose j’ai réalisé beaucoup plus tard. Mais j’ai fait de la gravure. J'aimais beaucoup. Parfois en photo on manque le côté de créer un objet. Parce la photographie, veut veut pas, a se fait percevoir par le public comme étant une représentation et on a la voit jamais comme étant un objet, on tâte jamais le papier, c’est toujours derrière un cadre derrière une vitre. Même quand j’montre mes épreuves d’essai, des épreuves de travail, aux gens y osent pas les toucher pis moi c’est comme… mange des chips. C’est des objets, c’est des choses qui vont marquer le passage du temps, des idées, d’essayer de garder ça toute clair. Alors, faire de la gravure, faire du dessin, faire de la peinture ont toute informé cette vision-là de l’objet de la photographie. Maintenant j’veux vraiment me concentrer avec la photographie pis c’est vraiment la seule chose qui m’a satisfait. La gravure j’aimais bien ça parce que faire de la gravure y’a un côté macho à ça qui était vraiment plaisant pour moi. Tu sais les graveurs, on était la gang la plus cool à l’université pis on voulait toute faire partie de la gang la plus cool. On avait le professeur qui était le plus frais, dans le temps, au niveau des théories. C’était ceux-là qui étaient les plus fraîches, les plus récentes alors naturellement on gravitait vers le professeur qui donnait quelque chose qui était plus contemporain pour nous. Alors ç’a créé une gang pis c’est ça que j’aimais de la gravure c’était une gang. C’était une gang qui était de la fun pis on s’aimait pis on s’haïssait pis on se battait pis on «partyait» ensemble. La gravure m’a fait réaliser que j’étais peut-être pas autant antisocial que j’voulais l’être. Alors la gravure m’a donné ça. La peinture m’a faite réaliser que j’aime pas autant faire des objets que j’pensais. J’aime bien créer des objets, mais la peinture m’a fait réaliser qu’à un moment donné, j’voulais pas avoir trop de touches physiques dans mon moi, dans mon œuvre, parce que ça brouillait la piste que j’avais le goût de suivre. Par la peinture j’ai réalisé fallait que j’fasse attention de qu’est-ce que de moi-même que j’mettais dans le travail. Mais encore une fois c’est toujours en fonction que… On fait souvent la comparaison est-ce que la photographie c’est de l’art ta-ta-ta. C’est une question que je m’ai jamais vraiment posée. Oui la photographie c’est de l’art, mais la photographie fonctionne différemment que les autres médiums, comme la gravure fonctionne différemment que la peinture et ça devient une question de processus. Mais j’pense que sans avoir un sens des autres processus, on peut pas être sûr du processus qu’on cherche à suivre. Récemment j’commence à travailler avec le numérique. J’trouve ça incroyablement insatisfaisant sauf que j’ai remarqué qu’avec les médiums électroniques, tout d’un coup j’ose parler de moi un petit peu, quelque chose que j’ai toujours résisté. Je m’utilisais moi-même dans mon travail mais comme acteur. J’prenais un personnage, j’prenais un rôle et je m’utilisais souvent, mais j’étais seulement un modèle «cheap», c’était vraiment tout ce que c’était. J’ai jamais trop pris le temps de regarder à ma vie et de voir c’est quoi ma vie et pis est-ce que ça vaut être exprimé aux gens. Le médium électronique me donne cette possibilité-là de faire quelque chose c’est une émotion flash bang, la présenter, la créer avant que l’émotion soit passée. Ça c’est quelque chose que la photographie m’offre pas, j’travaille très lentement. Alors y’a ce côté-là du numérique qui me fascine un peu. Y’a quelque chose dans le numérique qui me satisfait pas, que j’ai pas encore trouvé, alors j’vais continuer à travailler avec, faire des œuvres, jusqu’à temps que j’sache est-ce que ça va me satisfaire ou non. Je m’ai jamais vraiment arrêté pour me demander si j’étais de quoi d’autre qu’un photographe. Parce que mon imagination fonctionne quand j’lis des livres comme La chambre claire ou quand j’lis On Photography et j’regarde des imaginations que Susan Sontag ou Roland Barthes nous présentent, y me décrivent. J’veux pas faire partie d’un moule, mais maudit j’fais partie d’un moule, alors non, j’suis photographe.