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Question 5 : Quel a été le développement de votre pratique ou de votre démarche artistique ?

Transcription


C’est vraiment drôle quand j’ai arrivé à Concordia ma directrice de thèse, le prof qu’a devenue ma directrice de thèse, Penny Cousineau, m’a demandé si j’avais toujours la première planche contact que j’avais faite. J’ai dit oui, j’ai ma première planche contact. Bien a dit: J’veux que tu la regardes pour une semaine et là ensuite tu vas venir à ton rendez-vous la semaine prochaine et on va parler de ta première planche contact. J’ai arrivé pis la seule chose qu’a m’a dit – le rendez-vous a duré à peu près 45 secondes – a m’a dit: T’as regardé ta planche contact ? J’ai dit oui. A dit: C’est ça que tu fais pour le reste de ta vie. Pis ça fait depuis ce temps-là que je regarde ma première planche contact pis j’essaie de voir qu’est-ce qu’elle voulait dire par ça. Parce que j’pense qu’elle a raison, j’pense que qu’est-ce qu’a m’a dit est exact. Bien maintenant mon travail c’est de voir, soit de la prouver incorrecte ou de montrer que j’crois dans qu’est-ce qu’a m’a dit. Mais l’idée est que toutes les éléments, ma vision du monde, ma façon de comprendre ou de concevoir la société que j’habite, que j’vis dedans est là dans ces 36 photos. C’était du 35 millimètres, c’était un 36 poses. Dans ces 36 photos-là, toute est là, toute l’information est là. J’ai trouvé ça tellement intéressant parce que tout d’un coup ma démarche était de recréer un moment très particulier qui était les 35 premières photos que j’ai faites dans ma vie, et c’est toujours ça qui me motive maintenant. Encore une fois j’pense que juste par ma réponse on voit un peu que ma réflexion devient philosophique. C’est pas tellement parler de mon nombril comme: j’suis le centre de la planète et tout ce que j’exprime doit être connu par la culture. C’est plutôt une question de voir: y’a une pulsion qui est arrivée, y’a quelque chose qui a arrivé, mon inconscient a travaillé pour une certaine période de temps et maintenant j’essaie de comprendre ce moment-là. J’souhaite que j’le comprenne jamais parce que j’pense si jamais j’le comprends j’arrête de travailler. C’est pas mal ça le plus simple, mais j’suis toujours en train de regarder ça. Alors ma démarche c’est vraiment une démarche qui va par l’avant et l’arrière au même temps. Vraiment mon travail est toujours obsédé avec des idées de mesurer, de comparer, d’opposer ou de mettre ensemble ou de créer des métaphores avec des éléments qui sont très, très dispersés, mais en même temps c’est vraiment ça l’expérience du monde que j’ai. On allume notre télévision pis on voit un soldat se faire exploser et ensuite on regarde notre copain, notre copine, notre père, notre mère qui nous aiment énormément. Ces deux choses-là coexistent en même temps pis c’est ça qui nous… c’est nos journées constamment. On marche dans une ville qui est aussi belle que Moncton avec des arbres partout, mais tu regardes au sol pis y’a des papiers, c’est sale pis y’a des gens qui ont pas d’abri… On est toujours dans ces genres de position-là, ces contrastes-là. Quand je regarde ma première planche contact c’était déjà là, j’remarquais déjà ces genres de contrastes-là. J’pense à force de vieillir, à force de faire de la lecture, j’pense que j’commence à faire ces comparaisons-là, je les fais pu d’une façon directe - sont plus subtils. J’ai moins le goût de poigner les gens par les couilles, mais plutôt de les caresser doucement derrière le cou et de les laisser avoir une expérience. Alors le cheminement… Quand j’parle aux étudiants c’est un processus de maturation. On mature, on n’apprend pas. Nos sentiments deviennent un petit peu moins à fleur de peau alors on peut y réfléchir un peu plus longtemps. On peut s’exprimer plus clairement. Parce quand on crie les gens nous écoutent pas. Mais à un moment donné y faut quand même qu’on crie, alors y’a toujours ça. Alors le cheminement: je deviens de plus en plus calme, c’est pas pire, ça marche. Mais j’exprime toujours les mêmes idées, c’est toujours des réactions contre une société que j’trouve incroyablement hypocrite et moi-même inclus. J’me sépare pas de la société que j’travaille dessus. J’essaie de vivre une vie aussi environnementalement responsable que possible, en même temps j’fais de la photographie. J’travaille avec des chimies qui sont très coûteuses au niveau de l’environnement à produire et aussi à m’en débarrasser quand j’ai fini de travailler. Alors, j’peux pas dire que j’fais du travail environnemental et en même temps utiliser des matériaux si toxiques, et de pas réaliser mon hypocrisie et de pas voir ça comme étant parfaitement normal, quelque chose qui doit quand même être exprimé clairement. Y faut être fier d’être hypocrite des fois.