Sélectionnez un numéro pour voir l’extrait vidéo et lire la transcription


Question 14 : Pourquoi demeurez-vous en Atlantique au lieu de vous établir dans un milieu où vous pourriez avoir accès à un plus grand réseau de diffusion de votre création ?

Transcription


Parce j’suis masochiste ? C’est une question que j’me pose carrément pas. C’est ici que j’habite, c’est d’ici que j’viens. Dans les voyages limités que j’ai faits, les contacts limités que j’ai faits, j’aime pas la façon que mon imagination se frotte contre l’imagination de quelqu’un de Vancouver. J’aime pas la feeling. Y’a quelque chose là qu’y a juste pas de feu. J’connais beaucoup d’artistes de la région de Winnipeg et Calgary. Même chose, le feu est juste pas là. Le feu est icitte, les contacts que j’ai avec des artistes ici, les communautés que j’habite, ici, le feu est là. L’inspiration est pas détraquée. J’vois pas de raison. Au niveau de la diffusion du travail, de toutes les choses que j’fais comme artiste, c’est ça la chose que j’fais le pire, c’est de faire mon travail se faire voir. J’fais vraiment pas ça bien, c’est quelque chose j’ai besoin de corriger. Non mais en même temps, y’a quelque chose en-dedans de moi-même qui dit c’est pas ma job. On a besoin de former des gérants. J’suis pas un gérant, j’suis un artiste. Alors j’sais que si j’avais un gérant mon travail se ferait pas… Vraiment mon activité à Moncton depuis que j’suis parti à Terre-Neuve, c’est vraiment à cause de Ginette Savoie. Sérieusement, parce qu’a me contacte, a me téléphone, a me laisse savoir qui y’a quelque chose qui se passe, a l’organise des choses que j’sais que si j’fais mon boute comme professionnel que elle va faire son boute comme professionnelle, pis c’est ça. On manque de ça, c’est pour ça que nos arts sont pas diffusés. On donne de l’argent aux artistes pour créer des œuvres, pis on donne pas d’argent pour que ces œuvres-là se fassent voir pis pour moi, c’est mettre la charrue devant les bœufs. Quant à moi l’art se fera, point final, argent ou pas d’argent. Mais si qu’on veut que l’art se montre y faut que l’argent aille à ce niveau-là. Alors pour moi d’être dans les régions c’est vraiment pas un problème, si j’me sens bien ici j’vais rester ici. J’me lamente pas que mon travail se fait pas voir, qui y’a pas de réseau, qui y’a pas de public. C’est mon choix d’être ici. Y’a pas de public, c’est bien dommage là, but y faut que j’accepte ça à un certain point. J’me dis qu’une bonne journée la masse critique sera là, les gérants vont commencer à sortir, les galeries commerciales de service vont commencer à se créer pis ça va arriver. Mais la masse critique est pas là pis faut juste attendre. Y’a des gens qui font des grandes efforts pour créer cette masse critique-là et moi j’pense que comme professeur que j’fais ma part. Y’a des instituteurs d’art, des conservateurs, qui commencent à faire du travail vraiment intéressant. Créer, organiser une exposition comme conservateur est autant une œuvre d’art que créer une œuvre. On commence à voir cet échange-là qui se produit. Alors j’suis pas inquiet. Ça va «worker». Ça sera peut-être pas de mon vivant mais ça va «worker».