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Question 11 : Quels sont les artistes ou les styles artistiques qui vous influencent ? Comment cela se traduit-il concrètement ?

Transcription


J’ai déjà mentionné Marcel Duchamp, j’vais le mentionner de nouveau. Du côté visuel les choses qui m’ont plus animées depuis que j’fais de l’art c’est les films de Peter Greenaway. Au niveau théorique, y’a autant de mauvais à dire des films à Greenaway qu’y a de bon. Moi c’est des films qui m’avalent, qui m’emballent complètement et qui m’inspirent. Inspirer c’est pas le bon mot, mais me motivent, j’me dis oui c’est faisable. Naturellement si on regarde le travail à Peter Greenaway qui est le metteur en scène, son travail est obsessif, c’est du travail de collection. Ses scènes sont toujours pleines d’objets, chaque objet a un lieu spécifique pour une raison très spécifique. C’est pas important que l’observateur connaisse les relations. Ça c’est pas important pour Greenaway autant que l’observateur soit très conscient qu’y a un cheminement. Alors le cheminement est plus important que l’arrivée. Dans Greenaway, c’est ça qui me passionne parce qu’y fait ça tellement bien. Y met des images devant moi que j’veux pas comprendre, je m’en fou de les comprendre, mais y fonctionnent et j’veux comprendre comment y fonctionnent. Alors Greenaway me donne ça. Au niveau de la musique, j’sais pas si c’est un retour de jeunesse ou quoi, mon petit «midlife crisis» qui s’en vient, dernièrement j’écoute de la musique que j’écoutais quand j’étais étudiant, le groupe qui me passionnait le plus dans la période c’était Thrombus Grisbi - Psychic TV. C’était un groupe de musique qui sortait d’un groupe de performance. J’étais trop innocent dans la période pour comprendre c’était quoi la performance. Mais le groupe de performance COUM Transmissions, un groupe de performance qui a été très important en Angleterre et dans le développement de la performance en Angleterre. C’est des recherches que j’suis seulement en train de faire maintenant 20 ans plus tard. Alors je retourne à cette source-là et c’est une source au niveau de qu’est-ce que j’parlais, de questionner c’est quoi la beauté. C’est quoi qu’on trouve le beau, le sublime, le laid. C’était une musique qui faisait ça très bien. J’ai toujours eu l’impression que la musique était à peu près 20 ans devant les arts visuels au niveau d’exprimer des concepts aussi ésotériques que ça. J’ai parlé à d’autres gens qui sont un peu de la même opinion. C’est peut-être maintenant que visuellement, j’suis prêt à aborder qu’est-ce que la musique a fait y’a 20 ans, pour moi. On travaille toujours avec nos concepts et c’est peut-être pour ça. J’espère que c’est pas une «midlife crisis», j’ai pas le goût de m’acheter une motorcycle tout de suite ou porter des chaînes, so faut j’fais attention à ces choses-là. J’fais ce genre de retour-là parce qu’y faut que mon concept de la beauté soit toujours questionné. C’est quelque chose que j’ai toujours besoin, la musique semble faire ces choses-là. Et troisièmement, c’est la littérature. Dernièrement, Amélie Nothomb me drive right up le wall, j’l’adore. Kundera, Eco, des gens qui travaillent le langage à un niveau physique. Quand on lit, l’expérience de la lecture devient une expérience physique. Quand j’lis… Kundera a écrit des livres qu’on peut lire assis sur la toilette. Aussitôt qu’on s’acharne à essayer de lire les mots, lire les phrases… Mais si on commence à goûter au langage, à goûter à la structure des phrases, à goûter aux sonorités, les pages peuvent prendre des heures et des heures et des heures à lire. Tout d’un coup je réalise que l’écriture devient quelque chose de physique, une façon pour moi de faire un pont entre l’expérience de l’observateur qui vient à une exposition, l’expérience de l’artiste qui crée l’œuvre et ensuite les sources littéraires qui inspirent l’artiste à travailler. Quand j’lis un vraiment bon texte là qui me fait frissonner, frissonner intellectuellement, tout d’un coup j’commence à voir toutes sortes de liens physiques. J’commence à être capable de concevoir un espace, un public qui rentre dans un espace, une œuvre qui existe dans cet espace et, et tout d’un coup, la boucle est jouée. J’ai un concept de beauté, j’ai un concept esthétique, un principe esthétique qui est en fonction; j’ai quelque chose de théorique ou j’ai quelque chose de philosophique qui fonctionne et j’ai un sens d’information, de collection d’information, qui peut se faire activer par ces deux choses-là et remarque j’ai pas encore mentionné un artiste visuel. C’est quelque chose qui d’un côté me frustre, je devrais aimer de regarder les arts visuels, j’suis un artiste visuel. Si que les gens aimeraient pas de regarder les arts visuels, j’aurais pas de job, c’est pas compliqué. Mais, c'est quoi notre choix de voir des arts visuels. Surtout là j’suis à Terre-Neuve, mon choix de regarder des oeuvres visuelles c’est dans des revues, des reproductions dans des revues. Parce si j’vais voir un film, j’vois l’œuvre telle qu’elle est, telle qu’elle est attendue d’être vue. Musique la même chose, la littérature la même chose: mon expérience avec ces oeuvres-là est l’expérience que t’es censé avoir avec une œuvre. C’est bien dommage j’habite pas à New York, j’suis pas capable d’aller voir Tracy Emin ou ces choses-là. C’est pas à ma disponibilité. Le regarder dans les revues c’est bien cool, j’connais les noms, so si j’ai besoin d’avoir une discussion avec quelqu’un qui pense qui sait quoi ce qui parle dans les arts, j’peux nommer les noms, mais j’vois vraiment pas le but si qu’on est pas capable d’avoir une expérience avec les œuvres, ce qui fait toute questionner l’affaire de Internet but anyway, ça c’est une autre chose. L’Internet c’est une expérience alors c’est une façon d’apprendre à capitaliser avec, alors c’est un autre travail à faire. Mais non, mes inspirations sont pas nécessairement des arts. Marcel Duchamp, Jasper Johns me fascinent, Gary Indiana me fascine, le pop en général me fascine, Anselm Kiefer. Tiens j’vais citer Gérald Leblanc en son honneur: «Anselm Kiefer me fait bander.» J’adore ce travail-là, mais ç’a rien à faire avec qu’est-ce que j’fais comme artiste, ça absolument rien à faire. J’peux pas tirer de lignes, de traits, pis j’cherche pas à le faire non plus. Alors mes contacts avec les arts visuels sont très limités, très courts, très superficiels. Tandis que mes contacts avec d’autres formes d’expression sont tellement plus intenses, tellement plus importants au niveau de qu’est-ce que j’veux exprimer avec ma photographie. J’ai très peur parce que ma propre attitude est un peu autodestructive, mon comportement comme artiste mise sur la fin de l’art visuel comme qu’on la connaît. Mais d’une façon j’suis pas capable de travailler si j’travaille autrement alors j’dois être honnête avec mes sources.