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Question 5 : Quel a été le développement de votre pratique ou de votre démarche artistique ?

Transcription


À mon arrivée à l’École des Beaux-Arts, j’avais très peu de connaissances en arts visuels, surtout en ce qui concerne l’histoire de l’art. Alors c’était le temps où y’avait beaucoup de changements dans toutes les écoles d’art à l’époque, à la fin des années 60, début des années 70. Et c’était un peu l’habitude à l’École des Beaux-Arts, à Montréal, où on nous laissait un peu libre dans le choix disons de, bien, de notre propre évolution, on nous assistait un peu. Alors ici moi aux Beaux-Arts, dans ma découverte de l’art, les artistes qui m’ont surtout frappés dès le début, qui sont venus me chercher, c’était Michel-Ange, les Inuits, y’avait Henry Moore, Arp, et ce qui me fascinait dans leurs œuvres c’était la force de vie qui s’en dégageait. Alors moi j’ai voulu à mon tour essayer d’exprimer cette force de vie et c’est dans une forme abstraite, par la taille directe, que j’ai commencé à m’exprimer. Au tout début les formes que je réalisais consistaient en des formes organiques, avec des lignes très tendues, des lignes courbes qui demandaient comme finition un polissage de la pierre. Et puis avec le temps j’ai fini par tellement entrer aussi dans la pierre, dans le bloc de pierre, que j’finissais par faire des formes avec plus d’un élément et un moment donné, j’ai séparé ces éléments et j’ai fini par faire des œuvres composées de plus qu’un élément. C’était déjà le début peut-être, le tout début des installations, à mon insu disons, dans le temps. Aussi dans mon intérêt pour la pierre, je me suis arrêtée beaucoup aux différents grains des pierres. Les grains variés des différentes pierres ça m’a beaucoup intéressé et la texture aussi venait vraiment me chercher. Alors avec le temps j’ai fini par réaliser des œuvres qui étaient en partie polies et en partie rugueuses. La partie rugueuse était traitée un peu comme une cicatrisation, alors mes œuvres ressemblaient plutôt à une forme qui s’était détachée d’une forme mère et qui se cicatrisait, qui devenait autonome. Et aussi, à force de m’intéresser aux différentes pierres, aux différentes textures, etc., je me suis arrêtée aux pierres qui avaient été texturées par le temps, par l’érosion, par l’oxydation, par l’usure. De là aussi j’ai eu besoin de supports ou bien d’autres matériaux pour donner un sens à ces œuvres-là. Alors c’est de là que sont sortis les assemblages. Depuis ce temps-là mais y’a pas vraiment de limite aux matériaux que je vais utiliser. Mais y faut dire que la pierre reste toujours le matériau de base et elle est toujours là soit pour terminer, disons compléter un sens à une œuvre ou bien encore c’est elle, c’est par la pierre que j’commence à donner un sens à mon œuvre. J’devrais peut-être ajouter aussi que les matériaux sont devenus, de par leurs caractéristiques propres ou de par leurs formes, des symboles pour moi. Alors la symbolique, j’ai développé beaucoup la symbolique dans mes œuvres et puis même pour l’exposition en cours qui est Secrets de Varnes, les matériaux choisis ont été choisis à cause du symbole qu’ils dégagent.